0 avis
Musique
Chamber music
Edité par Dux Recording - paru en C 2019
Les Sonates pour violon et piano de Grazyna Bacewicz trouvent de nouveau échos chez les jeunes violonistes ; deux intégrales viennent de paraitre. Jaga Klimaszewska, de son archet fluté, et souvent mutin -le Scherzo de la Troisième Sonate avec ses musiques de chats et ses glissandos, ses ostinatos capricieux qui rappellent l'écriture suractivé d'Alexandre Tansman, lui va comme un gant - en reste aux trois dernières (Bacewicz composera encore une oeuvre majeure pour violon et piano, la Partita de 1955). Ces trois Sonates de la fin des années quarante sont des chefs-d'oeuvre, complexes mais jamais ardus, Bacewicz demandant à son violoniste de pouvoir changer d'atmosphère en une mesure. La grande Sonate de 1949 (4e) en particulier veut un archet vif, le scherzo est un des plus fous qui soit jamais sorti de sa plume, Jaga Klimaszewska le fait briller avec un humour grinçant, mais elle sait aussi trouver le chant complexe, les abandons plein de sfumatos qui ouvrent la 5e Sonate de 1951, où Bacewicz épure son langage, le tend vers des couleurs plus dramatiques. La violoniste ajoute une pièce de jeunesse, un Chant (1927) qui ne dit presque rien de ce que deviendra son style, mais surtout elle révèle la Légende de 1945, où passe le souvenir du violon de Szymanowski, ajout majeur. L'autre héros de ce disque si séduisant est son pianiste, Mateusz Rettner, clavier fluide jusque dans les effets de percussion, qui donne à chaque sonate des paysages d'orchestre. La notice nous le présente comme pianiste, certes, mais aussi en tant que compositeur. Voilà donc pourquoi, malgré les écritures complexes de Bacewicz, tout parait si clair - structures, couleurs, expressions - et l'on espère retrouver ce duo dans les deux premières Sonates, la Partita, les autres pièces éparses, cela ajoutera une nouvelle intégrale à celles de Jakub Jakowicz (Polskie Radio ) et d' Annabelle Berthomée- Reynolds (Muso), cette dernière ajoutant d'ailleurs les deux Sonates pour violon seul qui devraient tenter Jaga Klimaszewska, mais à ce petit jeu de la présence solistique c'est Mateusz Rettner qui attire sur ce nouvel album l'attention : il offre une version idéale- humour clavier léger plein de couleurs - de la Première Sonate pour piano (1949), une fantaisie dans les trois mouvements vifs, mais un récit mystérieux dans l'Andante sostenuto. Magnifique, car il refuse de jouer cette sonate où passent des souvenirs de Prokofiev comme l'oeuvre percussive qu'on y fait souvent entendre. Son art rejoint celui que Kristian Zimmerman aura mis à la Deuxième Sonate. Et s'il songeait à nous graver l'intégrale de l'oeuvre de piano ? (Jean-Charles Hoffelé).