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Musique
Complete string quartets & String sextet
Edité par CPO - paru en P 2019
Tchaikovski idolâtrait Mozart, mais rapport au romantisme allemand, on songerait d'abord à Brahms. Et comme on s'est demandé si l'on pouvait aimer ce dernier, au risque de fâcher nos lecteurs et jusqu'au jeune Rachmaninov subjugué par son aîné, osons ceci : aimez-vous Tchaikovski chambriste ? Discipline qui ne fut pas sa première obsession, et où l'on peut se lasser de cette pâte un peu monocorde dont nous frappe l'essence purement symphonique. Son biographe Ivan Knorr, nous ne sommes donc pas seul, parlait lui aussi d'une "nostalgie de l'orchestre". Dans ce tissu sonore qui fluctue en procédant par nappes, peu d'inventivité polyphonique entre quatre partenaires. Les trois quatuors sont nés dans une courte période. Le premier, d'un classicisme assez viennois, commence comme dans un bourdon instrumental. Son second mouvement fit sangloter jusqu'à Tolstoï, avec cet air ukrainien "Vanya s'assit sur le divan" entendu siffler dans la rue par un ouvrier (ce qui rappelle à rebours Ravel et son thème du Boléro...). Le deuxième quatuor, qui coula comme de source, renoue avec cette émotivité extravertie que ses éternels détracteurs nomment sentimentalisme, et confirme l'importance stratégique du mouvement lent. Le troisième quatuor est élégiaque, avec cet andante funèbre (et ce chant orthodoxe) en mémoire du violoniste disparu Ferdinand Laud. Et trois ans avant la mort du compositeur lui-même, en adieu à la musique de chambre, le sextuor Souvenir de Florence sourit avec bonheur et gaieté dans l'ombre d'une relation platonique fort distante avec la riche veuve et mécène Nadezhda von Meck. Tout cela survolé avec maîtrise par le toujours excellent quatuor Danel. (Gilles-Daniel Percet)