2 avis
Livre
La petite-fille : roman
Edité par Gallimard - paru en DL 2023
Au décès de sa femme Birgit, Kaspar découvre qu'elle avait abandonné un nouveau-né avant de quitter la RDA en 1965 pour le rejoindre à l'Ouest. Laissant sa librairie berlinoise, il retrouve la trace de sa belle-fille Svenja, restée en Allemagne de l'Est où elle a épousé un néonazi avec lequel elle a eu une fille, Sigrun. Malgré leur opposition politique, Kaspar tente de nouer des liens. ©Electre 2022
Collection : Du monde entier (Paris)
Se procurer le document
Autre format
Issus de la même oeuvre
Avis
vos avis
-
Thierry FAUDOT - Le 22 septembre 2025 à 10:10
-
Livre démontrant que l'idéologie nazie est malheureusement toujours vivante
Un soir, en rentrant de sa librairie, Kaspar retrouve sa femme noyée dans la salle de bains. Dans les papiers abandonnés par son épouse, Kaspar découvre qu'avant de fuir la RDA pour le rejoindre illégalement à l'Ouest en 1965, Birgit avait eu une fille, abandonnée de l'autre côté du Mur et avec laquelle elle rêvait de renouer sans jamais oser franchir le pas, . Un secret bien gardé, qu'il décide d'aller démêler… Il entame des recherches à partir des quelques indices à sa disposition et finit par retrouver cette fille Svenja dans un village de l'ancienne Allemagne de l'Est. Elle y vit avec un fermier d'extrême-droite et leur fille de quatorze ans, Sigrun. La famille fait partie d'une communauté völkisch, à l'idéologie paganiste, anti-moderniste et raciste (en partie reprise par le nazisme), qui rêve depuis la fin du XIXème siècle de restaurer la grandeur du peuple élu germanique. Sigrun a dans sa chambre des posters de Rudolf Hess et d'Irma Grese (dite « la hyène d'Auschwitz »), nie la Shoah et croit dur comme fer à la volonté de conquête de l'Allemagne par les musulmans. Sa seule opposition à ses parents a trait à son amitié pour une fille d'un autre groupuscule, les Nationalistes Autonomes, d'extrême-gauche ceux-là, mais tout aussi racistes, antisémites et complotistes dans leur revendication d'une nation débarrassée des influences étrangères. Rusant avec l'avidité des parents et les conditions de leur héritage dans la succession de Birgit, Kaspar obtient d'emmener Sigrun chez lui à chaque période de vacances scolaires. Débute pour lui le délicat apprivoisement de sa petite-fille. Comment déconstruire ses convictions radicales, sans la faire fuir ni pousser ses parents à la rupture ? L'adolescente s'avérant sensible à la musique et douée pour le piano, c'est par ce biais que, tout en douceur et en intelligence, son grand-père s'efforce de tisser peu à peu avec elle une relation d'affection et de respect mutuel; de concerts en musées, d'explorations littéraires à la librairie en conversations subtilement dirigées, le vieil homme s'emploie, par petits coups de culture, à semer le doute dans cette jeune intelligence. Derrière cette intrigue familiale qui tisse des liens particulièrement émouvants entre un grand-père et sa petite-fille par alliance, Bernhard Schlink réveille les vieux fantômes de l'Allemagne : celui de la RDA et de la réunification, mais également celui du régime nazi. Des blessures pas encore totalement refermées, comme en témoigne cette enquête mêlant brillamment un passé qui continue de diviser et un présent où l'idéologie nazie semble encore malheureusement bien vivante… S'il y a beaucoup à retenir de cette leçon d'histoire, je retiendrai aussi la relation émouvante entre un grand-père endeuillé et cette petite-fille endoctrinée par le milieu extrémiste dans lequel elle grandit. Un choc plein de tendresse entre deux générations qui vont tenter de se réparer au fil des pages. Lui, offrant sa sagesse, sa culture, son amour des livres, de la musique et de l'art à une adolescente élevée dans un environnement d'extrême droite très cloisonné. Elle, offrant un amour familial auquel il ne pensait plus avoir droit, ainsi qu'une jeunesse qui nous invite à revisiter les traumatismes de cette Allemagne sous un regard différent car entre Kaspar et la famille de Sigrun se dessine un pays fracturé dans lequel les relations sociales et les modes de vie sont si différents qu'ils laissent la place à l'amertume, au ressentiment. On sent alors combien les différences et les blessures sont profondément ancrées et on comprend que du temps sera encore nécessaire pour construire une identité commune historique, culturelle, sociale et nationale.
Annie - Claude ZARROUATI - Le 13 janvier 2025 à 18:51