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Musique


Salo or the 120 days of sodom


Edité par Kuroneko - paru en P 2026




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  • Un gâchis éditorial. Quelle déception ! 2/5

    Morricone portait une sincère estime à Pasolini. Cependant à part quelques moments pop anecdotiques (le twist psychédélique de "Théorème") et un facétieux générique entièrement chanté ("Des oiseaux petits et gros"), leur collaboration (10 ans, 8 films) ne semble pas lui avoir laissé une grande liberté et a peu suscité de partitions mémorables. Pour "Salò ou les 120 journées de Sodome", Pasolini souhaita utiliser quasi exclusivement des musiques de la période mussolinienne. Dans son traité de composition ("Comporre per il cinema", co-écrit avec Sergio Miceli) Morricone, à qui les arrangements ont été confiés les jugeait sans intérêt et parlait même de ce travail comme de "choses plutôt honteuses". Cette première publication de la BO est donc l'occasion pour les curieux de découvrir un matériel rare dont l'intérêt serait, on s'y attend, d'ordre plutôt documentaire. Dans ces conditions, on peut même se montrer indulgent quant à la médiocre qualité sonore. Pour ce qui relève des informations concrètes requises à propos du contenu, d'éléments documentaires justement, la déception est immense. Hélas, pas même le minimum. Littéralement : rien. La pochette se compose d'une dizaine de photos, du titre et d'une courte citation du film en anglais. Et c'est tout. Une indigence éditoriale comme on en rencontre rarement. Les noms de Pasolini, Morricone ou le titre original ne figurent nulle part. L'éditeur ne propose aucun crédit, aucun tracklisting, aucune note à propos de la musique, ni des sources, ni des conditions de publication. Les 16 pistes, sauf le bonus, ne portent pas de titre. En majorité, ce sont des instrumentaux de musique d'ambiance surannés, au rythme lent, modérément dansant, interprétés sans relief au piano ou par de petits ensembles de salon. La trivialité à la découpe. Morricone, qui n'a pas vu les scènes de cruauté auxquelles les passages musicaux font contrepoint, répond à la commande du cinéaste. Il s'efface scrupuleusement : le choix des thèmes, l'orchestration sans recherche d'originalité, ne rappellent jamais sa manière. Il y a aussi, comme dans d'autres réalisations de Pasolini, une sélection éclectique de musiques préexistantes : un chant choral traditionnel du Frioul, Chopin, Carl Orff. Pas sûr que le CD contienne les interprétations effectivement utilisées dans la BO. La seule composition signée par Morricone, qu'on entend brièvement dans le film, n'est pas du tout inédite en CD. Elle est connue sous le titre "Addio a Pier Paolo Pasolini". C'est une pièce pour piano d'inspiration dodécaphonique, peu aimable, à ne recommander qu'aux fans du Maestro les plus inconditionnels. En bonus, sous le titre prétentieux "The Salò Haunted Suite", un montage anonyme de 12 minutes d'extraits plus ou moins musicaux de la bande sonore. C'est une tentative de restituer, dans une esthétique cotonneuse ambient music, le climat nihiliste du film. Mais cela s'avère bien éloigné de ses intentions et on devine comment Pasolini aurait apprécié cet "hommage" opportuniste.

    Laurent - Le 21 juin 2026 à 20:00