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L'amer noir : ou les épîtres de Déni
Edité par Éditions Chèvre-feuille étoilée - paru en DL 2017
Déni, enseignante parisienne, découvre lors d'un nouveau cycle universitaire le concept de sérendipité - l'heureux accident du hasard - qui répond à ses questions récurrentes sur "Comment ça marche ?". Portée par l'élan de cette trouvaille, elle s'élance avec ses filles en direction de la mer Noire d'où son grand-père s'est embarqué, adolescent, vers l'aventure. Au cours d'un été extraordinaire, elles décèlent, en enquêtant aux archives nationales de Moldavie, les lourds secrets tus par l'ancêtre.Electre 2017
Collection : D'une fiction, l'autre
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L'amer noir - ou "Les épîtres de Déni"
Rien d'amer ni de noir dans ce livre : le titre est un calembour sur la mer Noire, lieu d'origine de la famille de l'auteure, et celle-ci fait preuve d'un optimisme chaleureux et d'une combativité de tous les instants. L'amer a aussi le sens de repère pour les marins, et elle-même est en quête d'un « repère ». Elle rapporte en effet un témoignage autobiographique sur la quête de ses origines, sur son « papy russe » : encore un des jeux de mots, plus ou moins oulipiens, dont elle parsème son texte, comme « Déni », le prénom qu'elle s'est donnée. Elle découvrira que son grand-père était, avant la guerre de 14 où il combattit dans les Dardanelles, un petit propriétaire terrien juif en Bessarabie, la Moldavie actuelle. L'ouvrage est divisé en trois parties, appelées « épîtres ». Dans la première, elle décrit sa vie militante tous azimuts depuis 1968, d'« instit » fréquentant le joyeux bordel de l'université de Vincennes et ses ateliers théâtre, et travaillant à un mémoire universitaire sur Hasard et Création, à l'occasion duquel elle découvre la notion de « sérendipité » dans la science et dans l'art, bien avant que celle-ci ne devienne à la mode. La deuxième partie, imprimée en italique, est le récit de son voyage avec ses deux filles au fin fond de la Roumanie d'après Ceaucescu. Elle découvre avec sympathie la richesse affective et la solidarité des milieux vivant dans une relative pauvreté. Le passage sur les activités bruyantes d'une prostituée et de ses clients dans la gare d'un tram est très haut en couleurs, et nous laissons au lecteur la surprise qu'est la révélation du titre de l'épais livre dont les feuilles servent de torche-cul dans les cabinets d'un pays ex-communiste. Le rappel historique fourni par un archiviste local, parlant français, de ces « terres de sang » est impressionnant. La corruption des douaniers à propos d'une icône emportée dans les bagages ne surprendra pas. Dans la troisième partie, une jeune parente venue du berceau familial visite la France et s'y intègre, par le travail et les liens amoureux, tandis que sa mère tombe d'un cerisier et devient tétraplégique : la roue de la vie continue de tourner. L'auteure reprend ses interrogations à propos de toutes les victimes dont elle a eu connaissance, jusqu'aux migrants aujourd'hui en Méditerranée. Les péripéties de son voyage sont décrites par le menu, d'une plume alerte et précise, souvent enjouée. Avec simplicité, l'auteure parvient à nous faire partager une expérience unique, que d'autres dans le siècle peuvent avoir vécue.
Oulipote - Le 24 novembre 2017 à 14:56