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Livre
Le voyant d'Étampes
Edité par les Éditions de l'Observatoire - paru en DL 2021
Au début des années 1980, J. Roscoff, normalien et militant à SOS Racisme, semble avoir une carrière prometteuse. Trente-cinq ans après, divorcé et devenu alcoolique, il entreprend de reprendre ses travaux de jeunesse sur un poète américain qui fréquenta les existentialistes avant de se tuer en voiture à Etampes au début des années 1960. ©Electre 2021
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Evelyne JAY - Le 03 mai 2025 à 16:29
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Mordant et jubilatoire
Lors de la rentrée littéraire 2021, j’avais souvent vu passer ce roman et l’avais épinglé en me disant que le sujet pourrait être intéressant. Je n’ai pas été déçue !! Ce roman c’est celui d’une chasse aux sorcières version moderne, autour d’un thème ô combien d’actualité : la cancel culture. Sujet délicat mais dont l’auteur déjoue avec maestria tous les pièges. Jean Roscoff est un historien, universitaire de Paris VIII, Saint-Denis, tout juste retraité, « homme de gauche, qui gardait mes portes ouvertes aux vents nouveaux », engagé, militant de la première heure à SOS Racisme, alcoolique, divorcé, dépressif. Il a commis dans les années 90 un roman engagé pour défendre les époux Rosenberg, les taupes soviétiques accusés d’espionnage … au moment même où la CIA déclassifiait ses archives et prouvaient leur implication. Mauvais timing pour cet essai qui finira directement au pilori. Au détour des recherches pour ce roman (en plein Maccarthysme), il croisera à plusieurs reprises le chemin d’un écrivain, communiste afro-américain, Robert Willow, qui le marquera au point d’en faire un nouveau livre, là encore documenté, éclairant, passionné, mais dont il occulte un point important dans son étude qui va mettre le feu aux poudres. Une petite référence à ce texte dans un blog, repris sur les réseaux sociaux et la machine s’emballe. C’est cet engrenage implacable des réseaux sociaux et de la sphère médiatique qu’Abel Quentin décortique avec un humour féroce. Jamais Roscoff n’aurait imaginé être accusé d’appropriation culturelle, de wokisme ou encore de cancel culture, concepts qu’il découvre et dont il est « partagé entre l’effroi et l’admiration pour cette génération aux colères définitives ». Si on a du mal à prendre la défense de ce boomer un peu dépassé, parfois de mauvaise foi, on est aussi sidéré par l’absence de nuances et les méthodes utilisées par cette génération qui ne doute de rien. Injonctions contradictoires, réflexions profondes, intelligence des propos (même si la première partie m’a semblé un peu longue) autour de cette époque auscultée au scalpel qui nous interpelle et nous questionne. C’est mordant, jubilatoire, un brin désabusé. Brillant quoi !
Karine DAVID - Le 01 juillet 2023 à 15:58