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Musique
VI sonatas
Edité par Musicast - L'Autre Prod - paru en C 2024
L'interprétation intense, poétique, aux sentiments exacerbés des six Sonates pour violon seul, Op. 27, d'Eugène Ysae, du violoniste arménien Sergey Khachatryan, qui joue ici, pour la première fois au disque dans cet opus, le propre violon du compositeur, le célèbre et sublime Guarneri del Gesù " Ysae " de 1740. La figure du Cantor de Leipzig obsédait le grand violoniste belge Eugène Ysae (1858-1931) et l'ensemble de six Sonates pour violon seul qu'il compose en juillet 1923 suite à des concerts légendaires où Joseph Szigeti jouait les Sonates et Partitas de Bach se veut un hommage, et aussi le témoin en six étapes de l'évolution des techniques du violon depuis le XVIIIe siècle. Pour l'interprète, elles représentent un autre défi, aussi nouveau et éloquent que celui des Sonates et Partitas. Comme Bach deux siècles auparavant, Ysae pousse l'instrument aux confins de ses limites, et exige une virtuosité infaillible comme une technique parfaitement souple et flexible. En abordant ces six Sonates dédiées chacune à un grand soliste, collègue ou/et ami d'Ysae (par exemple Szigeti pour la 1ere, Thibaud pour la 2e, Fritz Kreisler pour la 4e, etc.), les interprètes d'aujourd'hui peuvent aussi s'imprégner du jeu exceptionnel que déployait sur son instrument le compositeur, qui expliquait par ailleurs que chacune de ces six sonates " puise sa base dans la polyphonie. C'est, si l'on veut, la technique de l'accord, de l'arpège, de la double, triple, quadruple corde, rendant deux, trois, quatre, cinq et parfois six sons simultanés. Tout cela mis au service d'une pensée musicale libre, fantaisiste et, disons le mot, rhapsodique ". L'Opus 27 d'Ysae n'est pas nouveau pour Sergey Khachatryan, il fréquente le cycle depuis longtemps en concert. Aujourd'hui âgé de de trente-huit ans, Premier Prix précoce des Concours internationaux Jean Sibelius (2000) et Reine Elisabeth (2005), le violoniste arménien y affirme une fois encore sa rayonnante maturité, dans la lignée de son somptueux, et si personnel, enregistrement des Sonates et Partitas de Bach (naïve, 2008-2009, V 5181). Sergey Khachatryan livre ici une version aux sentiments exacerbés, où ce qui ailleurs peut être espiègle devient volontiers farouche (le Prélude de la Sonate No. 2, qui reprend le motif initial de la Partita No. 3 de Bach), simplement imitatif devenir sauvage et inexorable (Finale de la Sonate No. 4). Il souligne volontiers l'inspiration populaire sous-jacente à tout l'ensemble, ici empli de teintes et richesses inédites. " Un violoniste, un penseur, un poète, un être humain [ayant] connu l'espoir, l'amour, la passion et le désespoir, [ayant vécu] toute la gamme des émotions afin de toutes les exprimer dans son jeu ", voici comment Ysae définissait un " maître du violon ". Du haut de sa sonorité généreusement scintillante, toujours au service d'une expressivité racée, Sergey Khachatryan l'est sans conteste. Il s'agit du tout premier enregistrement des Sonates Op. 27 d'Ysae sur le propre violon du compositeur, le célèbre Guarneri del Gesù " Ysae " de 1740.