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Livre audio numérique
Pepita, récit de la Pampa
Pepita, récit de la Pampa
Edité par Mozaik / Audiocité
Théodore Pavie (1811-1896)Orientaliste. - Voyageur. - Professeur de langue et littérature sanscrites au Collège de France. - Enseigna les littératures orientales à la Faculté catholique d'Angers. - Prénoms complets : Théodore, MariePepita, récit de la pampaPartis depuis sept jours de Buenos-Ayres, nous avions traversé la province de ce nom, l'une des plus étendues de la confédération du Rio de la Plata, et celle de Santa-Fé : nous espérions arriver le lendemain soir à Cordova. Aux plaines interminables qui avaient si long-temps fatigué nos regards succédait un pays plus riant, coupé de frais ruisseaux et couvert en maints endroits d'une belle végétation. D'abord de chétifs caroubiers aux rameaux épineux, chargés de vieux nids de perroquets, s'étaient montrés à nos regards; bientôt, les saules plantés par la nature au bord des eaux se mêlant à d'autres arbres plus vigoureux, les buissons épineux s'épaississant de plus en plus, nous avions fini par nous trouver en pleine forêt. Nos chevaux trottaient vivement sur un sol léger et sablonneux; les oiseaux chantaient. Il s'en fallait bien de deux heures que le soleil ne fût couché, et une lieue à peine nous séparait de la maison de poste où nous devions relayer. Cette maison était située au carrefour (esquina) où viennent aboutir les deux grandes routes qui relient l'Océan Pacifique à l'Atlantique : l'une, celle du nord, qui conduit en Bolivie et au Pérou par Tucuman et Salta; l'autre, celle du sud-ouest, qui mène au Chili en passant par San-Luis et Mendoza. Un jour, il faut l'espérer, une ville se bâtira au point de jonction de ces deux voies de communication si importantes; toujours est-il qu'à l'époque où je m'y arrêtai, on n'y voyait d'autre habitation que la maison de poste. Nous comptions mettre à profit le reste de la journée et pousser au-delà de la esquina; mais un habitant de Cordova qui voyageait avec nous voulait à toute force nous faire passer la nuit à la maison de poste. C'était un jeune homme fort gai, bon compagnon, trop bien élevé pour partager la haine aveugle que la plupart de ses compatriotes ont vouée aux étrangers. « Croyez-moi, disait-il, reposons-nous ce soir à la esquina; nous y trouverons des visages plus avenans que dans la pampa de Santa-Fé; cette poste est tenue par une veuve, doña Ventura, qui accommode divinement les oeufs aux tomates, et je veux que vous entendiez chanter sa fille Pepa ! » Il nous restait une longue route à faire, — trois cents lieues sans compter le passage des Andes, — avant d'arriver à Santiago du Chili, et la saison s'avançait. Cependant, pour ne pas désobliger notre ami, nous nous rendîmes à ses désirs. Nos péons, joyeux d'approcher de la halte, se penchèrent, en poussant de grands cris, sur le cou des chevaux qu'ils éperonnaient sans pitié; les chiens répondirent à ce vacarme par des aboiemens forcenés, et bientôt nous nous arrêtâmes devant la maison de posté.Un vieux gaucho, qui faisait l'office d'intendant, vint nous recevoir. Tandis qu'