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Le secret de Dominique

Félix Pyat

Edité par Mozaik / Audiocité

Le secret de DominiqueparPYAT, Félix (1810-1889)journaliste, auteur dramatique et homme politique françaisJ’ai pris goût à la vérité, depuis que j’ai vu tant de contes fantastiques. J’ai besoin de la réalité, abîmé que je suis dans cet océan de rêves creux dont nous inondent les imitateurs d’Hoffmann ; car ce délayage de pur Hoffmann, ce lavage étendu et soutiré me dégoûtent autant qu’une rinçure du meilleur vin de Bordeaux. Assez de fantastique. A peine si les contes que le divin Hoffmann a faits l’acquitteront des contes qu’il a fait faire. Le conte fantastique est si aisé à commettre ! on le commet sans préméditation, allez : quand on n’a pas d’idées, on fait un conte fantastique, absolument comme on devient homme de lettres quand on n’est plus bon à rien. Si vous aimez ce qui n’existe pas, si vous aimez le fantastique, vous voilà prévenu ; n’allez pas plus loin, car c’est une histoire que je vais vous raconter ; une histoire, et non un conte ; une histoire, en vérité !D’abord, passez-moi la fidélité des noms, des dates et des lieux, et je vous tiendrai le reste à peu près exactement. Je ne suis pas exigeant, comme vous voyez ; d’autant moins que je copie un vieux volume où vous pourrez bien, quand vous voudrez, lire toute cette histoire, à peu près comme il suit :Dans le vieux temps, dans le vieux temps où les peintres ne faisaient pas leur métier pour vivre, mais vivaient pour leur métier ; lorsque l’art, religion nouvelle et mystérieuse, enfantait laborieusement ses premiers apôtres ; lorsque cette religion n’était pas grosse encore de ses Raphaël, de ses Michel-Ange ; qu’elle comptait peu d’appelés et fort peu d’élus ; eh bien ! comme toute religion naissante , l’art inspirait à ses adeptes une ardeur, une persévérance, une foi de missionnaire, de fanatique, de martyr. Les uns, comme saint Pierre, laissaient les filets du pêcheur ; les autres, l’épée du tribun, comme saint Paul ; quelques-uns sacrifiaient fortune, amitié, patrie ; d’autres encouraient même la malédiction de leur père, la vengeance des lois, et tout cela, pour être initiés aux mystères de l’art.Depuis, les croyances s’en sont allées, et l’art a toujours ses prêtres ; mais leur état devient ce qu’il est dans toutes les religions aujourd’hui : un métier, non plus une mission ! Le désintéressement est un anachronisme, l’étude un ridicule. On vend des tableaux par la même raison qu’on vend des messes ; c’est un commerce tout aussi positif et aussi impie : on commande à l’artiste une inspiration de douze pieds de haut sur quatre de large, comme à un curé une prière à deux chantres et un serpent. Aussi l’indifférence en matière de miracles est extrême. La vie des Saints existe moins que les oeuvres complètes d’un académicien. Nul ne croit aux carottes crues qui nourrirent vingt ans saint Jérôme au désert, pas plus qu’on ne croit aux délirantes inspirations des pieux artistes, aux extases de ces illuminés, au sublime vertige du peintre qui, par exemple, crucifie un h

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