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Musique
Le petit musée de Lénine Renaud
Edité par At(h)ome - paru en P 2022
Lénine Renaud a quelque chose d'unique, proche d'un héroïsme discret. Stimulant et métissé, populaire et fanfaron, tendre et humaniste. Qui sait faire coïncider esprit enfantin et lucidité d'adulte. Artisanal, bien sûr, vivace, enivré par une générosité qui déborde à la manière d'une bière pression. Ne surtout pas projeter dans ce nom un quelconque devoir de mémoire ou une vénération révolutionnaire inhérente à l'empire soviétique. Plutôt une (ir)révérence, connexion Hauts-de-France oblige, à une Mademoiselle from Armentières, troquant pour l'occasion ses sympathies chiraquiennes pour des élans insoumis. Pour sa quatrième livraison, la formation s'éloigne ici de sa zone de confort pour glisser vers une variation picturale en douze chapitres. Ne pas s'attendre à une approche périodique ou liée à un courant défini. Le sextet va là où le coeur le mène, donne des clés, des repères, ne sort jamais du cadre. Pas question de basculer dans l'exposé didactique, mais dans la projection, l'émotion impulsée, le portrait (art qu'ils maîtrisent, d'ailleurs, à la perfection), le court-métrage. Liberté d'angle et d'accroche, contrainte à se calquer sur le son du tableau. Lénine Renaud fait naître de jolis incendies textuels et musicaux, avance à pas feutrés (La Ronde de nuit), se place au moment de la création (La Femme à l'ombrelle et sa pop solaire à la George Harrison), ravive le souvenir des salles de bal (Les Vieilles), croque un Toulouse-Lautrec en oiseau de nuit libertin, exhibe une percée jouissive et gouailleuse (L'Origine du monde), ose une lettre ouverte (Gaston Chaissac)