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Avec l'immigration : mesurer, débattre, agir
Edité par la Découverte - paru en DL 2017
Un bilan des neuf années d'une politique migratoire définie par Nicolas Sarkozy et poursuivie par François Hollande. L'auteur évoque la stabilité des entrées annuelles, l'abandon de l'immigration choisie, le cadre légal, revisite la question de la citoyenneté. Il défend une approche sereine et réaliste, réfutant les erreurs ou contre-vérités de certains politiques ou essayistes médiatiques. ©Electre 2017
Collection : Collection L'Envers des faits
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Avec l'immigration
" Voyez le nombre de décisions de protection rendues en 2016 en faveur des demandeurs d'asile. Si on le recalcule pour un million d'habitants, la France (...) rétrograde au 16e rang des pays européens, dix fois moins que l'Allemagne, même pas la moitié de la moyenne européenne ! " Questions à François Héran, REFORME, 26 avril 2018, pp. 4-5. L’immigration en France est souvent une source de débats affligeants. Indignes d’un pays dont l’histoire, avec ses ombres et ses lumières, est simplifiée à l’extrême, indignes aussi du pays de Descartes, celui qui appelait à au moins « suspendre mon jugement » quand je ne suis pas sûr d’atteindre la vérité. Le livre de F. Héran, chercheur et ancien haut responsable de l’INSEE puis de l’INED, ne cherche pas à nous persuader que l’immigration est un bien ou un mal ; il la considère comme un fait important et durable, qu’il importe avant tout de bien connaître. Il déplaira aux esprits partisans parce qu’il récuse les idées selon lesquelles l’immigration présenterait un avantage économique pour la France ou la diversité culturelle rendrait notre société plus heureuse. Il déplaira à d’autres partisans parce qu’il s’élève, et de façon convaincante, très argumentée, contre les lieux communs les plus populaires actuellement : invasion incontrôlée de masses dangereuses, trahison des élites qui ont perdu le sens de l’intérêt national, complot de l’État et des statisticiens que ce dernier rémunère pour dissimuler des réalités inquiétantes en matière de délinquance… F. Héran rappelle que pendant les neuf années où N. Sarkozy a été ministre de l’Intérieur, puis président de la République, très sensible dans ces deux fonctions au « problème de l’immigration », le nombre de titres de séjour délivrés à des étrangers n’a pas baissé : les quelque 200 000 immigrés annuels sont tout simplement des gens qui ont le droit d’entrer sur notre territoire pour des raisons légales, en rapport avec des traités internationaux signés par la France : regroupement familial, mariages mixtes, études (favorisées par la France au titre de son influence culturelle), réfugiés, etc. Loin de nier les difficultés réelles que ce flux légal peut entraîner, l’auteur n’évite pas d’indiquer avec précision la croissance de l’immigration extra-communautaire (non européenne), principalement en provenance de l’ancien empire colonial, la proportion des étrangers emprisonnés, l’inquiétude provoquée par les attentats djihadistes. Cependant, il donne aussi des informations qui amènent, sinon à relativiser certains chiffres, au moins à les comparer avec ceux qui caractérisent nos voisins. Surtout, il montre, à partir de plusieurs exemples précis, à quel point nos hommes politiques, en partie par ignorance, en partie pour exister face à leurs adversaires et s’assurer des voix, déforment les faits, les caricaturent. Nos politiques, et les essayistes qu’ils aiment citer, tels E. Zemmour ou même A. Finkielkraut. F. Héran démonte ainsi, preuves à l’appui, le thème si porteur du « tabou des statistiques ethniques et religieuses » : depuis une vingtaine d’années des enquêtes ont lieu sur ces questions, qui font l’objet de dérogations d’ailleurs très encadrées (consentement, anonymat des répondants, but de l’enquête). Sans prétendre faire dépendre les décisions politiques uniquement de l’avis des chercheurs – chacun doit rester dans son rôle –, F. Héran revendique la pleine indépendance des organismes officiels de recherche financés par l’État. C’est cette indépendance, indispensable aussi à la crédibilité de ces organismes dans le monde de la recherche internationale, que certains conseillers politiques, absorbés par leurs préoccupations idéologiques, ne supportent pas. L’auteur remarque à ce sujet que ses ministres de tutelle sous la présidence de N. Sarkozy, X. Darcos et V. Pécresse, l’ont défendue avec fermeté, comme il remarque qu’A. Juppé a été le seul ( ?) candidat aux dernières élections présidentielles à s’appuyer sur des statistiques qu’il maîtrisait bien et n’utilisait pas de façon polémique. F. Héran se garde de discuter l’affirmation éminemment subjective du « trop d’immigrés » ; il reconnaît en revanche que « la perception d’une forte progression de la présence des immigrés dans l’habitat environnant est significative et mérite d’être prise au sérieux. » C’est cette « prise au sérieux », dénuée de toute pédanterie et d’a priori, qui nous intéresse dans Avec l’immigration.
Jean Le Grenot - Le 09 mai 2018 à 14:30