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Madame Proust
Une biographie de Jeanne Weil-Proust, la maman de Marcel. En arrière-plan, au début de l'essai, l'émancipation des Juifs français avec le décret Crémieux (Adolphe Crémieux appartient à la famille de Jeanne), leur intégration à la société remise en cause de temps à autres par l'antisémitisme, véritable idéologie fin XIXème siècle, par l'Affaire Dreyfus. Peinture de la haute bourgeoisie du XIXème siècle, de la place des femmes, de l'éducation, du milieu politique et intellectuel, des mondanités, des quartiers de Paris, des cures thermales et bains de mer de la haute société. Jeanne Weil, personnage considérable dans la vie et la destinée littéraire de son fils Marcel Proust, fut d'abord une jeune fille extrêmement instruite, qui ne fut pas simplement «engraissée comme une oie en vue du mariage». Parlant couramment l'anglais et l'allemand, elle savait le latin et jouait, ainsi que sa propre mère, extrêmement bien du piano. Fille respectueuse et aimante d'un patriarche juif, elle accepta l'union, proposée par celui-ci, à un non-juif le Dr Adrien Proust, catholique, sans fortune, mais sommité médicale de l'époque, et capable de lui ouvrir les portes de la haute société, la mettant ainsi à l'abri des infortunes, des vicissitudes d'une époque troublée, et enfin de l'ostracisme encore manifesté vis à vis des juifs. Bien qu'appartenant à la grande bourgeoisie juive, Jeanne Weil ne pouvait en effet prétendre fréquenter la plus haute société sans être introduite par une célébrité du monde des gentils, qu'elle soit scientifique, artistique, ou politique. Le couple Weil-Proust était un «ticket gagnant»: l'un possédant le prestige moral et honorifique, l'autre la fortune lui permettant de mener un train de vie élevé et de recevoir les plus hauts personnages de l'époque. Jeanne sera une parfaite maîtresse de maison sans aucun esprit de sacrifice. Elle aura deux fils dont Marcel (l'ainé) avec qui elle entretiendra un rapport fusionnel et une correspondance en grande partie perdue. La santé fragile de Marcel, sa vie déréglée (homosexualité, horaires décalés, frivolité, incapacité à avoir une vie professionnelle stable l'inquiètent mais n'altèrent en rien son amour. A la fin de sa vie, elle aide Marcel à traduire le Bible d’Amiens de John Ruskin. Jeanne ne se livrait pas et même si elle écrivait il n'en reste que peu de choses. L'auteure s'est donc souvent appuyée sur les œuvres de Marcel Proust, «A la Recherche du temps perdu» et «Jean Santeuil», pour tracer son portrait. Un portrait tout en nuances et précis (on se perd même un peu dans les détails de filiation) d'une femme qui jusqu'à son dernier souffle aimera avec passion et soutiendra son fils, fils qui n'aura de cesse de lui rendre hommage dans son œuvre. En résumé une biographie-essai passionnants autant pour le portrait d'une femme exceptionnelle mais discrète que par la peinture d'une époque et d'une société que décrira Marcel Proust. Une mère qui, malheureusement, ne verra jamais le succès littéraire de son fils.
ACZ - Le 03 mars 2019 à 13:15