0 avis
Musique
Markus-passion 1759
Edité par Distrart Musique - paru en C 2020
Parmi les multiples Passions que Telemann écrivit entre 1722 et 1767 pour les différents offices de Hambourg subsistent quelques manuscrits dont cette Markus Passion dont la partition découverte à Riga puis à Bruxelles fut faussement attribuée à Johan Heinrich Rolle (1716-1785). Il s'agit bien d'une oeuvre de Telemann approximativement datée de 1759. Si l'oeuvre présente un message théologique (tiré de l'évangile de Saint Marc) clair et compréhensible par le fidèle lambda, illustré ici par la prééminence de l'Evangéliste ; la narration est toutefois pimentée par des effets poétiques et dramatiques. S'ajoutent l'apparition de figures (L'Ange, Le Pêcheur, Le Fidèle) et d'allégories (La Prière, La Prudence, Le Zèle, Le Courage, La Justice) qui donnent lieu à de nombreux airs aussi variés que brefs, entrecoupés des traditionnels chorals. A noter que les cinq solistes (dont deux basses, l'une étant dévolue au Christ) se partagent ici les différents rôles. Quant à Pilate, Pierre et Judas ils font de la figuration et son inclus dans le choeur. Tout cela donne une partition de circonstance inventive et bigarrée à la manière du compositeur, évoluant aisément d'airs en airs et n'éludant aucun récitatif. Rien non plus de transcendant (piètre "Kreuzige ihn"). Avouons une grande tendresse pour la voix âpre et caressante de la soprano Véronica Winter, idéalement choisie pour le rôle de l'Ange et de l'Amour, et de celle de sa consoeur Anne Bierwirth. Merveilleux duetto du nʿ 43 "Alleluja, Danke und Lieder". Signalons aussi un Christ monolithique (Markus Flaig) et un ténor Evangéliste très expressif (Georg Poplutz) qui chante Telemann comme du Britten. Même s'il s'agit de son énième enregistrement d'un répertoire qu'il connaît sur le bout des doigts, Hermann Max dirige l'oeuvre avec une verdeur juvénile. (Jérôme Angouillant).