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Musique
Sonatae violino solo 1681 = Sonate pour violon seul 1681
Edité par Distrart Musique - paru en C 2022
Biber : astre flamboyant au firmament baroque. Nourri de ce que l'Italie avait apporté avant lui au répertoire violonistique, ce musicien et compositeur d'une virtuosité ébouriffante, vertigineuse mais jamais gratuite, produit une musique bien éloignée des brumes du Nord : lumineuse, sensuelle, passionnée, pleine de la folie et de l'audace du stylus phantasticus. L'originalité de l'écriture est inséparable des prescriptions du compositeur relatives à la façon de tenir l'instrument et plus encore, de l'accorder - ce dont témoignent les scordature requises pour certaines de ces 8 sonates, comme elles l'étaient d'ailleurs pour les Sonates du Rosaire qui ont fait redécouvrir Biber : chaque scordature détermine une combinaison parfois fort éloignée du traditionnel accord en quintes (sol-ré-la-mi). Timbre et sonorités se trouvent de la sorte modifiés, graves et aigus peuvent acquérir d'autres résonances, d'autres formes de ductilité ou de tension à même d'enrichir la palette sonore. Mais la gageure est redoutable pour l'interprète dont les doigts ne rendent plus le son auquel leur position sur les cordes était censée correspondre. Le jeu en double corde est, d'autre part, extrêmement utilisé, ce qui constitue un défi supplémentaire. Ces pages comportent un nombre variable de mouvements, de longueur très différente, dont l'un au moins est nettement plus étoffé du fait qu'il développe des variations. Ces mouvements sont faits de séquences dont la succession semble parfois tenir des caprices d'une improvisation jamais à court. Les formes mobilisées renvoient à la toccata, à la passacaille, souvent à la chaconne (le violon volubile planant au-dessus de quelques mesures de basse obstinément répétées qui donnent une assise à la frénésie du solo). Également à des danses (gavotte et gigue notamment). Se déploient par ailleurs des épisodes méditatifs, incantatoires, d'où se dégage un charme mystérieux, auxquels succèdent des passages précipités, parfois en chaîne et de plus en plus rapides, faits de gammes, d'arpèges, de traits fulgurants. Le violon dessine alors de vibrionnant frottis acrobatiques y compris dans l'extrême aigu de l'instrument, d'où une prodigieuse impression de bariolage. Aucune impression d'éparpillement : tout se tient, se fond, fait souplement architecture. Interprètes fabuleux à commencer par une P. Nikitassova éblouissante, dont on se demande comment elle domine si aisément, si naturellement les difficultés de telles oeuvres, somptueusement servies par les autres membres de l'ensemble. Indispensable. (Bertrand Abraham).