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Film
Foedora
Edité par Centre national du cinéma et de l'image animée - paru en 2020
A Bir Zeit, sur les hauteurs de Ramallah en Cisjordanie, le Musée Palestinien, édifice majestueux conçu par le cabinet d'architectes irlandais Heneghan Peng, est sorti de terre en 2016. Mais il ne possède aucune collection car le peuple palestinien, colonisé et occupé, s'est vu priver de son patrimoine et de ses archives. Que faut-il exposer ? L'absence ? La spoliation ? Ou l'espoir d'une libération nationale ? Au milieu des controverses, le musée s'achemine cependant vers le jour de son inauguration. De la terrasse du musée, si la brume se levait, on apercevrait l'inaccessible Tel Aviv. Sous l'œil de l'armée israélienne, toujours hors-champ, la nouvelle direction du musée (Mahmoud Hawari, directeur, Reem Fadda, commissaire) met en place une exposition inaugurale sur le thème de Jérusalem. Joyau d'un patrimoine dénié ou détruit, Jérusalem est la capitale d'un État avorté dont subsiste l'enceinte de béton d'un parlement qui n'a jamais siégé. Des artistes palestiniens, locaux ou issus de la diaspora, prennent possession de l'espace des jardins avec des œuvres monumentales. Grâce à des ouvriers aux gestes experts, le chantier progresse. Le public est enfin convié. Mais en dépit des apparences, ce musée est une utopie. D'où le titre Feodora que Judith Abensour emprunte à l'œuvre d'Italo Calvino, Les Villes invisibles. Le film s'achève avec une séquence musicale et vocale qui ramène au projet initial abandonné, l'exposition d'une absence que le public aurait librement remplie de sa propre mémoire.