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Musique
Numisonum
Edité par Distrart Musique - paru en C 2023
La couleur sonore, ce gris perle avec nuages que Busoni a inventé dans son piano pour y faire entrer l'orgue intime de " Ich ru zu dir, Herr Jesu Christ " par lequel Joachim Carr ouvre son disque est la même que celle choisie par César Franck, cet autre organiste, pour Prélude, choral et Fugue qui referme l'album. Un cercle parfait, de la mystique de clavier pure, dont les deux Légendes de Liszt seront les ancrages romantiques, récits sacrés beau comme des Piero Della Francesca que le jeune pianiste norvégien joue large et profond, les gorgeant de timbres plus que d'effets. Deux fils rouges qui se mirent l'un l'autre, les quatre Choral préludes priés ou chantés dans son piano par Busoni, débordés de couleurs par ce clavier généreux qui veut ignorer les marteaux, et deux Regards de Messiaen, la suspension étonnée du Regard du fils sur le fils, vaste poème dont le sujet est le silence, et le concert un peu flamboyant dans son tumulte de bruissement d'ailes du Regard des Anges, avec ses effets de gamelan si habillement rendus, et qui me laissent espérer qu'un jour prochain Joachim Carr enregistrera tout le cahier. Et Franck ? Sans trainer, en clavier immatériel , dans une lumière irréelle, vous entendrez le Prélude, choral et fugue différemment, si fluide, si serein, si détaché, reflet sonore des séances d'enregistrement sises dans une église sur une ile perdue au nord de la Norvège, lorsque le soleil n'y parait quasiment pas, avec pour seule lumière dans la ténèbre cet admirable piano dont la fiche technique d'un admirable Steinway dont j'aurais bien voulu connaitre ne serait-ce que le numéro.