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Livre
Un feu amical
Edité par LGF - paru en 2010
Yaari, à la tête d'un bureau d'installation d'ascenseurs à Tel-Aviv, et sa femme Daniella, professeur d'anglais, forment un couple uni. Ils n'ont pas l'habitude d'être séparés, et un dialogue intime se poursuit dans la tête de chacun quand Daniella, à la mort de sa soeur, part en Afrique centrale rendre visite à son beau-frère. Un roman d'amour conjugal dans un contexte plein d'incertitudes.
Collection : Le Livre de poche
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Un feu amical
Pour la première fois depuis presque quarante ans, Daniella et Yaari allumeront séparément les bougies de la fête de Hanoukka. Lui reste à Tel-Aviv pour diriger son bureau technique d’installation d’ascenseurs, elle se rend en Afrique pour y retrouver son beau-frère Yirmi qui travaille pour une mission archéologique et afin de terminer le deuil de sa soeur Shouli, décédée depuis un an. Alternent alors, avec une parfaite régularité, les dialogues intérieurs qui naissent dans la tête de ces deux époux comme si au delà de la distance qui les sépare, Yaari et Daniella restaient malgré tout inséparables. Ce qui les relie également, c'est le rituel de l'allumage des bougies de la fête de Hanoukka. Chaque chapitre correspond à un jour de la fête pour laquelle il faut ajouter une bougie supplémentaire. Et c'est précisément l'allumage des bougies qui rythme la narration. Yaari va les allumer successivement avec son père malade, sa fille Nophar, mais aussi avec ses petits enfants Nadi et Netta. Durant l'absence de son épouse, il va se rapprocher d'eux et saisir en même temps à quel point il y a de l'eau dans le gaz entre sa bru Ephrat, très prise par son travail et son fils Morane, appelé à faire sa période comme officier de réserve. D'ailleurs cette obligation constitue pour Yaari une nouvelle épreuve: Morane travaillant dans l'entreprise d'ascenseur qu'il dirige, il va rapidement être débordé. C’est un livre de feu : - L’ombre du fils de Yirmi et Shouli, jeune soldat israélien tué par “un feu amical “, plane sur tous les membres de cette famille. Eyal a été victime d’une erreur de tir de sa propre armée alors que, planqué sur le toit d'une maison palestinienne, il en était descendu pour vider son seau. Un geste digne qui a laissé insensible la jeune Palestinienne de la maison. - Flammes des bougies de Hanoukka que Yaari, le mari de Daniella resté en Israël, allume en compagnie de ses enfants, de ses petits enfants. Des bougies apportées en Afrique par Daniella et que Yirmi jette dans son poêle tanzanien. - Feu des premiers hommes que les paléontologues étudient dans le Rift, berceau de l’humanité, feu qui différenciera ces préhumains des primates. A travers les tourments de ses personnages, A B Yehoshua pointe les déchirements d’Israël : - La violence omniprésente et la mort “stupide” de son fils, à laquelle, Yirmi n’arrive pas à donner un sens, l’amène à fuir “un pays où tout le monde menace tout le monde “et à se couper de ses racines. - Yaari, qui se bat tout au long du récit avec des ascenseurs qui ne cessent de gémir, de siffler, de miauler entre deux soubresauts. Métaphore humoristique de la société israélienne qui se grippe et n’arrive plus à grimper jusqu’à la lumière des toits ? - Daniella dans son écoute et sa sensibilité aux autres ne représente-t-elle pas l’auteur qui se bat depuis des années pour trouver, au cœur même de l’identité juive, les germes d’une réconciliation avec les Arabes? C’est un livre sur le couple, la complicité amoureuse, mais aussi sur le deuil, l’exil, les interrogations religieuses et politiques. Mais c’est loin d’être un livre mortifère. Au contraire. La vie se déroule avec toutes ses péripéties, vie quotidienne à Tel Aviv, ou celle de la mission archéologique dans la savane africaine. A un autre rythme, toutefois. A B Yehoshua aborde le sujet de la mort des fils à la guerre, du deuil des parents, avec tact mais aussi avec révolte. Le quotidien d’Israël n’est pas séparable de l’état de guerre, même en période de paix relative. Un feu amical est un livre complexe, merveilleusement écrit, qui décrit avec réalisme le comportement humain et qui à l’aide de résonance et d’humour, pointe le bouleversement qu’ont apporté tant d’années de guerre dans la vie des Israéliens. Même si on sent la désillusion et le pessimisme de l’auteur, ce livre n’est en rien un traité militant, c’est une belle œuvre littéraire, à la fois témoignage et recherche philosophique et spirituelle. A B Yehoshua joue sur les émotions, celles de ses personnages comme celles de ses lecteurs pour susciter une réflexion. Le titre porte en lui la dualité de cette interrogation: le feu qui éclaire qui réchauffe mais qui peut aussi détruire et ravager.
ACZ - Le 22 novembre 2016 à 12:41