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Musique
Nobilissimo istromento
Edité par Passacaille - paru en C 2021
Plectre ou ongle? Tel est le dilemme cornélien auquel est confronté le joueur de cordes pincées, qu'il soit luthiste, théorbiste ou guitariste. Produire un son dur et percussif ou doux et feutré? Le luthiste Lucas Pianca a choisi la seconde option justifiée par de nombreuses sources italiennes du XVIIe et XVIIIe siècle. Assez naturellement il consacre ce premier opus dédié à la musique de la Renaissance italienne, à Francesco de Milano, connu à son époque sous le nom d'Il divino en raison de ses talents exceptionnels de compositeur et de virtuose. Les quatorze Fantaisies de ce dernier sont des pièces rhapsodiques et improvisées dont la structure contrapuntique se tisse progressivement au fil d'un discours libre et sans contrainte. Pianca lui-même émancipé de tout préjugé quant à la manière d'interpréter ce répertoire, les joue de façon très spontanée, préférant une rythmique bondissante et l'expression de la couleur au tactus linéaire habituel. Son jeu simple et naturel évoque le ruissellement aléatoire d'un cours d'eau. Le luthiste utilise également la technique de l'overdub pour les deux parties du Canone. Inédit et grisant. Autour de FdM, Pianca introduit dans son florilège quelques-uns de ses élèves : Perino Fiorentino et Giovani Maria da Crema (Deux Fantaisies qui n'ont rien à envier à celles du maître) et des compositeurs satellites. La Fantaisie de Giulio Cesare Barbetta montre notamment comment ce style affranchi et parfois débordant évolue vers le Stylus Phantasticus de Frescobaldi, Piccinini et Kapsberger. Un très beau disque!