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Livre
Assassins ! : roman
Edité par Éditions Héloïse d'Ormesson - paru en DL 2019
A la fin du XIXe siècle, l'engagement de Zola sur l'affaire Dreyfus fait de lui la cible de nombreuses critiques et diffamations et notamment de la part d'Edouard Drumont, fondateur de la Ligue antisémite de France, et de Léon Daudet. En septembre 1902, l'auteur des Rougon-Macquart décède d'une intoxication au monoxyde de carbone et la piste du meurtre est envisagée. ©Electre 2019
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Captivant
Se lit comme un roman policier. De plus, met en lumière l'antisémitisme qui régnait à cette époque.
Jean- Marc Lamilhau - Le 02 mai 2020 à 17:26 -
A lire absolument!!!
« J'accuse » Jean Paul Delfino d'avoir écrit un grand livre atypique, éthique, surprenant, passionnant ! Ce roman, basé sur des faits réels, revêt un aspect historique indéniable avec un faisceau d'argumentaires riches de faits étayés, le tout habité par une belle écriture littéraire, à l'élégance certaine, et à la belle fluidité, au ton piquant et ironique. L'auteur nous offre une véritable introspection dans le cerveau d'Emile Zola écrivain de talent, mythique et incontournable, qui dès lors que vous plongez dans ses pages, l'idée de lire prend tout son sens et devient l'essence même du mot littérature. Jean-Paul Delfino nous conte en 12 chapitres d’un peu moins de 250 pages passionnantes les dernières heures d'Émile Zola et plus spécifiquement sa dernière nuit (29 septembre 1902), celle du scandale et de toutes les interprétations possibles. Emile Zola est mourant, il n'essaye pas de fuir la mort, mais de rattraper sa vie, qu'il voit défiler, son enfance avec le fantôme de son père et la folie de sa mère, son mariage avec Alexandrine (sa Coco), sa maitresse Jeanne mère de ses deux enfants illégitimes, ses combats, ses réussites, ses déceptions, ses échecs. Il se remet en question au niveau de ses choix en passant au crible ses relations passées. Il sait qu'il est victime d'un assassinat, il cherche parmi tous les gens qui ont traversé sa vie, ô combien riche et tourmentée, qui a bien pu vouloir l'assassiner. Mais si la raison de la mort est connue, une intoxication par monoxyde de carbone, quelle en est l'origine? Un stupide accident domestique ou un assassinat « politique » ? « Tirage défectueux » : telle avait été la cause officielle du décès. L'enquête, après avoir procédé à un test - négatif - sur des animaux cobayes, avait conclu que les trépidations de la rue avaient obstrué le conduit de la cheminée de la chambre à coucher de Zola avec des gravats. Curieux. L'investigation avait été vite bouclée pour ne pas rallumer les braises d'une affaire Dreyfus tout juste refroidies. Alternant le point de vue de Zola et celui de ses opposants, l’auteur nous plonge dans une époque où la violence, l'intolérance, l'antisémitisme et la haine sont quotidiens. Très documenté, d'un réalisme frappant, il dresse un portrait des plus obscurs d’une France dans laquelle « tous les coups semblent permis ». On sent là l'inquisition au scapel du journaliste qu'est aussi Jean Paul Delfino à travers les révélations qu'il fait. On sent l'homme de conviction par ses positions affirmées le tout avec un art de la plume maitrisé avec brio. Roman de moeurs, il met en lumière le racisme et la haine « des météques, des francs-maçons, des juifs et des protestants » qui sévissaient et avaient flambé avec l’affaire Dreyfus. Certains grands noms de la littérature comme Alphonse Daudet, Maurice Barrès écrivain et homme politique, figure de proue du nationalisme français, Edmond de Goncourt ou de la peinture comme Cézanne étaient de farouches partisans de cet antisémitisme. Parallèlement à la dernière nuit d’Emeile Zola, l’auteur nous raconte la façon dont l’infâme Edouard Drumont (polémiste d’extrême-droite et fondateur du journal antisémite « La libre parole ») et ses acolytes se regroupent, manigancent et ont comploté l'assassinat de Zola, l'homme de l'affaire Dreyfus, le métèque, le rital car son père était italien, le Gorgonzola (tel était son surnom à l’école…). « La France aux Français, demain on marchera sur l'Élysée, le grand jour, le jour de la Saint-Barthélemy des juifs. Zola sera crevé. L'ordre reviendra, les juifs, les étrangers, les francs-maçons, les protestants feront leurs malles. Il n'y aura plus d'antisémitisme, car il n'y aura plus de juifs ». Pour cela, Edouard Drumont - qui compte prendre le pouvoir - a demandé à un fumiste de boucher la cheminée de Zola, le traitre à la France, et de l'enfumer, un accident domestique en somme. A noter que le rôle de l'Eglise est loin d'être neutre : le Père jésuite Stanislas du Lac est à la fois le confesseur et un conseiller influent de Drumont. Il l’a incité à rédiger « La France juive » et contribué à en financer la réalisation ainsi que son journal… Jean-Paul Delfino nous dresse un portrait peu reluisant d'une France gangrenée par l'extrême-droite où nationalistes, racistes, traditionalistes s'unissent sur des idées populistes et fascistes portées par une presse de caniveau. Un roman social avec une galerie de portraits sans concession, où l'on sent poindre les idées haineuses qui conduiront à la montée du nazisme et à ses horreurs. Un roman très bien documenté et d'un réalisme glaçant avec une immersion dans le monde du pouvoir est édifiante. C'est la politique telle qu'on l'exècre, celle des coups bas, des petits arrangements entre amis et autre travestissement de la vérité. Un roman d'un passé, un roman du présent, un roman de l'actualité car la France du tout début du XXème siècle revêt tellement de similitudes avec la France du XXIème siècle… Triste constat pourtant réaliste. Je ne peux que recommander ce superbe hommage à Zola que nous offre Jean-Paul Delfino. Une très belle réussite !
ACZ - Le 23 février 2020 à 19:43