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Musique
Turquie : L'art du ud
Edité par Outhere Music - Naxos Global Logistics - paru en C 2021
Le cas Cinuçen Tanrikorur est celui d'un génie qui, vitalisé par l'héritage ancestral, cristallise les transports de son imagination dans les formes et dans l'intention traditionnelles : les cristaux sont les créations, les formes sont les modes et les divers cadres de composition (pesrev, semâï, beste etc.) et d'improvisation (taksim) et l'intention est celle de l'art traditionnel en général et de l'art musulman en particulier ; il doit contribuer à la fonction la plus centrale de l'homme qui est d'être un intermédiaire entre le ciel et la terre, le khalifat (cf. Titus Burckhardt, " L'art de l'Islam "). Le style de Cinuçen Tanrikorur est une sorte de paroxysme de l'art turc savant. La voix se caractérise par la variété et la subtilité des intonations et des timbres et se place sous le signe d'une conjonction symbolique entre l'air et l'eau, fluidité qui transcende ces deux éléments jusqu'à évoquer l'éther puis la quintessence du son. La doctrine soufi de l'alternance de la lumière et des voiles se prolonge ici dans le domaine de la vibration sonore ; on se retrouve quelquefois là où " quand " et " où " ne sont plus, alors que " son " et " silence " ne sont qu'un. L'intention initiale et l'ambiance conforme ont permis à l'autodidacte d'inventer un style de ud complètement traditionnel dans le fond et complètement inhabituel dans la forme. Il en résulte un accord différent des cordes graves (quarte, quarte, quarte, quarte, quinte), un jeu de la main droite sans roulement et une fantastique dynamique de la main gauche qui explore intégralement l'intimité de chaque corde pour susciter des résonances harmoniques qu'on n'avait pas encore soupçonnées. Lyrisme, fluidité, précision et hypersensibilité, telles sont les exigences de ce style qui commence à faire école.