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Film
Lucio Silla
Edité par Distrart Musique [éd.] - paru en cop. 2017
Enregistré en mars 2015. Début à la Scala pour Marc Minkowski, avec un "Mozart de jeunesse" (seize ans !) écrit pour Milan après le triomphe de "Mithridate" qu'il emporte de sa baguette expressive dont le geste s'accorde avec une élégance assez incroyable avec ce que la scène montre. Et inutile de souligner qu'il respire avec ses chanteurs dans Mozart comme plus personne aujourd'hui. Lucio Silla ne le cède en rien à son glorieux ainé, qui enchaine dans les tourments d'une action mêlant classiquement amour et pouvoir, des airs à tomber à la renverse dont le fameux "Il tenero momento" de Cecilio. Cecilio c'est Marianne Crebassa, irrésistible, vocalisant à en perdre haleine, se confrontant aux airs redoutables que Mozart écrivit sur mesure pour le castrat Venanzio Ranzzini, l'entendre est enivrant, la voir, clouant, quelle chanteuse-actrice ! Kresimir Spicer, Silla tranchant qui met à son dictateur un éventail d'émotions étonnant la rejoint sur les mêmes sommets vocaux, avec cette autorité dans les mots, cette tension dans la fureur (lorsqu'il est rejeté par Gunia), et la Celia tout feux tout flamme de Giulia Semenzato sera pour beaucoup une sacrée découverte ; mais Inga Kalna parait trop fluette de voix pour incarner l'ardent Cinna (Harnoncourt génialement y distribuait Yvonne Kenny), Lenneke Ruiten et son soprano fruitée un peu fades même pour Giunia. Ces déceptions tombent lorsque l'on voit le spectacle impeccable de Marshal Pynkoski, qui sans mépriser les conventions du seria sait y faire paraître des personnages derrière même une gestique parfois emphatique. Les décors et les costumes d'Antoine Fontaine ne sont pas pour peu dans cette réussite qui surclasse le spectacle salzbourgeois de Jürgen Flimm, seule alternative au DVD pour qui veut voir Lucio Silla. Mais personne, depuis Harnoncourt, ne l'a dirigé avec un tel sens du théâtre.