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Le modèle américain d'Hitler : comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazis
Edité par Armand Colin - paru en DL 2018
L'auteur démontre que les nazis se seraient inspirés des lois de ségrégation raciales de Jim Crow mises en place aux Etats-Unis pour élaborer les lois de Nuremberg et la politique antijuive en Allemagne dans les années 1930. ©Electre 2018
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Le modèle américain d’Hitler. Comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazis
Contrairement à ce que son titre pourrait faire croire à des lecteurs trop pressés ou influencés par un anti-américanisme obsessionnel, à l’extrême gauche ou à l’extrême droite, ce livre, écrit par un juriste, publié d’abord par les éditions de l’université de Princeton, n’est pas un pamphlet ni un brûlot. Il ne viendrait à personne l’idée de nier que les États-Unis ont joué un rôle dans la défaite d’Hitler. L’ouvrage consiste en une analyse attentive des principaux textes rédigés (et appliqués) contre les juifs par une élite de juristes allemands dans les années qui précèdent la Deuxième Guerre mondiale. Ces juristes, comme les principaux chefs nazis, sont fascinés par les États-Unis du New Deal, avec des ambivalences, certes, mais toujours un point commun : ils voient dans ce pays celui qui a mis au point la législation raciste la plus détaillée et efficace. J. Whitman rappelle qu’il n’est pas encore question, alors, de la « solution finale » ̶ la conférence de Wannsee aura lieu en 1941) ̶ , mais « seulement » d’instaurer en Allemagne un régime strict d’apartheid et d’inciter au départ ceux qui ne voudraient pas s’y conformer. Tel est l’objectif de deux des trois Lois de Nuremberg en septembre 1935, la seconde instaurant une citoyenneté inférieure, la troisième proscrivant tout mélange des races. La dernière partie du livre étudie le contexte mondial dans lequel cette histoire a eu lieu : les États-Unis, jouissaient alors d’un énorme prestige, car ils incarnaient la suprématie blanche aux yeux de nombreux pays. Une suprématie fondée sur « une culture juridique florissante et innovante ». Elle s’interroge sur le monde anglo-saxon en général, terme dont la pertinence, parfois contestée, est ici justifiée (les États-Unis prenant la succession de l’Empire britannique), et sur la common law, qui peut expliquer certaines de ses dérives. Au-delà, J. Whitman met en question de façon troublante la culture juridique des États-Unis, l’un de leurs principaux instruments actuels de domination mondiale. Ce qui ne l’a pas empêché, bien sûr, de relever la tension américaine entre un « ordre suprématiste blanc » et un « ordre transformatif égalitaire » qui n’existait pas dans l’Allemagne nazie. C’est ce dernier qui, à long terme, l’a emporté. L’ouvrage est précédé d’un avant-propos de l’auteur destiné au public français, et suivi de notes détaillées, d’une bibliographie commentée, portant entre autres sur les relations des entreprises américaines, dont IBM, avec l’État nazi (« Quelques conseils de lecture ») et d’un index. JKP Voir Voir Edwin Black, IBM et l'Holocauste - L'alliance stratégique entre l'Allemagne nazie et la plus puissante multinationale américaine, Robert Laffont, 2001. Citations : sur les lois de Nuremberg en 1935 La première loi porte sur l’adoption par l’Allemagne du drapeau à croix gammée. La seconde établit différentes catégories de citoyenneté : « Il serait erroné de dire que les nazis auraient « directement » emprunté [en 1935] aux Américains pour élaborer leur loi sur la citoyenneté. […] Mais il serait lâche de minimiser l’intérêt que les nazis ont porté à ce que représentait le droit américain. » p. 115 La troisième loi concerne l’interdiction de toute relation entre juifs et non-juifs : « S’il nous faut chercher une preuve encore plus dérangeante de quelque chose qui peut s’apparenter à un emprunt, alors nous devons nous tourner vers la loi qui l’accompagnait, celle sur le sang. » p. 118
Jean Le Grenot - Le 27 août 2018 à 11:58