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Marseille 73
Edité par les Arènes - paru en DL 2020
1973. En six mois, plus de cinquante Arabes, essentiellement des Algériens, sont abattus en France, dont une vingtaine à Marseille, épicentre du terrorisme raciste. Le jeune commissaire Théodore Daquin vient d'y être nommé. Il surveille des groupuscules de pieds-noirs animant de véritables camps d'entraînement paramilitaires. Il enquête en parallèle sur le meurtre d'un Maghrébin. ©Electre 2020
Collection : Equinox (Paris)
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Les ratonnades en héritage
En cette fin d’été 1973, une vague de crimes racistes déferle en France. Une cinquantaine de magrébins essentiellement algériens est tuée dont la moitié à Marseille. Une histoire occultée, méconnue, que Dominique Manotti raconte, dans un style simple et efficace, avec la rigueur de l’historienne. Marseille 73 oscille entre la fiction et le documentaire : des articles de presse authentiques ouvrent les chapitres, les propos des hommes politiques sont à peine modifiés, les assassinats sont réels, seuls les noms changent. Tout commence par une manifestation à Grasse de travailleurs magrébins contre la circulaire Marcellin-Fontanet qui crée la notion de travailleur clandestin en exigeant un contrat de travail et un logement correct pour les travailleurs étrangers. A cette époque, 86 % de ces travailleurs n’ont pas de contrat, alors qu’ils sont employés par les plus grandes entreprises, et la majorité vit encore dans des bidonvilles. "Halte à l’immigration sauvage" : l’extrême droite s’engouffre dans la circulaire tandis que le maire de Grasse parle d’invasion. L’étincelle qui allume le feu est le meurtre à Marseille d’un chauffeur de bus par un déséquilibré algérien. Les groupes extrémistes se déchainent, les éditoriaux les plus nauséabonds noircissent les pages de la presse locale. "Assez, assez, assez !" écrit en une le Méridional ; le Préfet parle de "légitime colère". Le climat de violence est tel qu’il autorise Paris Match à titrer "Les Bicots sont-ils dangereux ?". Le soir même de l’enterrement du chauffeur de bus, Malek Khider, 16 ans, est abattu dans une rue du nord de Marseille. L’enquête commence dans une ambiance phocéenne pesante. La présence en masse des pieds-noirs dans la police marseillaise, de revanchards de l’OAS, les connivences mafieuses avec le milieu politique, le lien étroit de l’administration au phénomène colonial, plantent le décor de l’enquête. Destruction de preuves, impunité, abaissement moral des victimes… cachent le caractère raciste du crime. C’est compter sans le jeune commissaire Daquin qui traverse les romans de Dominique Manotti, diplômé, cultivé, homosexuel et intègre. C’est compter sans les immenses grèves de travailleurs magrébins qui mettent à l’arrêt les usines, dont le chantier de la Ciotat, et la dignité de la famille de Malek. Le roman de Dominique Manotti met en résonance le racisme et l’histoire coloniale non soldée qui nous contamine jusqu’au bout de notre avenir.
Françoise OLIVA - Le 06 mai 2022 à 10:40