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Musique
Power to the people
Edité par Concord Music - paru en 2007
C'est là. C'est en train de se dessiner tout doucement. Et Joe s'accroche comme il peut à ce navire qu'il est seul à conduire face à la déferlante de vagues qui viennent de toute part se briser sur sa coque. "Power to the people" ... Nul titre ne pourrait être plus explicite pour faire comprendre que Henderson, à son tour, tente de trouver sa place dans ce flot de revendications, qu'elles soient politiques ou esthétiques. L'erreur de Joe Henderson, celle qui lui a coûté sa carrière, réside précisément là : dans ce désir, au demeurant fort louable, de vouloir se fondre dans le décor, de participer au sentiment d'émulation initié par ces nouvelles tendances, électriques ou autres, alors qu'il aurait suffit à Joe Henderson d'être lui-même pour garder la seule place qui lui revient de droit, la sienne. Une fome d'injustice : bien qu'étant un excellent compositeur, redoublé d'un excellent instrumentiste, en ces temps de concurrence effrénée, il en faut désormais bien plus pour se démarquer. Et ce qui manque à Henderson, c'est tout ce que des Shorter, Zawinul ou Hancock possèdent. Des idées. Henderson manque cruellement d'idées. Il suit les tendances sans vraiment les comprendre. Et il ne sera pas le seul dans ce cas-là. Alors, quand on n'a pas d'idées, on fait appel à ceux qui en ont. Herbie Hancock par exemple, et son clavier électrique. C'est déjà une idée. Cela suffit à faire de "Power to The People" une des réussites majeures de sa période Milestone. Mais pas seulement. L'album regorge de qualités. L'interprétation est de haut vol, tendue, toujours sur le fil. Et les thèmes, pour la plupart, d'une redoutable efficacité. Magnifique titre que ce "Black narcissus" qui chasse Wayne Shorter sur son propre terrain de jeu. Un classique. Instantanément. Son propre "Isotope" se voit adapté au travers d'une relecture plus dynamique. On retrouve des exercices modaux, toujours convaincants, sur la plage titre ou "Afro centric". Sans compter le jeu sans filet de l'exubérant "Foresight and afterthought", propulsé par un Jack DeJohnette bien directif. Avant de donner le pouvoir au peuple, Joe Henderson, par tant de force, nous démontre qu'il est de la race de ceux qui pourraient en abuser.