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Livre audio numérique
La seconde Vie
La seconde Vie
Edité par Mozaik / Audiocité
Charles AsselineauLa Seconde vie ?... Puisque nous voilà morts et que nous n’avons plus rien de mieux à faire jusqu’au jour de la résurrection que de nous raconter réciproquement et à satiété nos histoires, ô mort, mon voisin, faites comme moi ; asseyez-vous sans façon sur votre tombe et écoutez le récit de mes aventures dans le monde des vivants.Cela ne vous amusera guère, je le crains, à la première fois, vous ennuiera à la seconde et vous assommera à la troisième ; mais comme je suis menacé de votre part du même procédé, je vous engage dans notre commun intérêt à la patience. Apprenez d’ailleurs que je suis mort deux fois : ce qui me donne bien sur vous quelque avantage.La nuit est belle, quoique fraîche, et nous ne craignons plus de nous enrhumer... Donc, tandis que nos confrères tiennent conciliabule, là-haut, sur la colline, autour de la chapelle, ou se lamentent derrière ces ifs, au souvenir de leurs amours passées et de leurs richesses perdues, écoutez, mort, mon voisin, comment je me suis noyé une première fois par désespoir, et comment, revenu au monde sous condition, je m’en suis, au bout de peu de temps, retourné par le même chemin pour venir occuper auprès de vous cette tombe, où je me trouve si mal à l’aise depuis le lever du soleil jusqu’au lever de la lune.Mon nom, sur la terre, était ***. J’étais issu d’une famille de robe, et riche plutôt qu’aisée. J’étais jeune, puisque mon acte mortuaire définitif ne me donne pas plus de vingt-quatre ans d’âge ; j’étais beau, j’étais riche, et cependant je n’étais pas heureux... Vous trouvez la phrase commune, mon voisin, je m’en aperçois ; néanmoins, ayez patience, ainsi que je vous en ai prié ; car je prétends vous prouver que, si ma phrase est vulgaire, mes malheurs ne l’étaient point.Jeune, beau, riche, il semblerait que je n’avais, pour être heureux, qu’à suivre pas à pas les petits sentiers tracés de la vie. D’ailleurs, ce triple avantage de jeunesse, de beauté, de richesse avait cela de particulier pour moi, qu’il satisfaisait aux trois vices principaux de ma nature : j’étais paresseux, et je pouvais donc ne rien faire ; j’étais vaniteux, et je pouvais tirer vanité de ma figure ; enfin j’aimais à vivre, à considérer le soleil, à flâner sans but par les bois et par les rues, et j’avais devant moi de longues années pour me livrer à ce penchant.J’ignore, mon voisin, si dans le cours de votre existence vous avez quelquefois réfléchi. (Ce doute au surplus ne peut être de ma part une injure, car il ne m’est pas actuellement démontré que l’homme qui pense vaille mieux que celui qui conserve la virginité de ses facultés intellectuelles.) Quoi qu’il en soit, si vous l’avez fait, n’avez-vous pas été frappé de l’utilité du malheur dans la vie humaine ?Le sage qui, le premier, a dit que la vie est un combat a été profond. Il y a (ne l’avez-vous pas remarqué ?) dans la vie de tout homme, entre l’adolescence et l’âge viril, une période de malaise et d’inertie durant laquelle ses facult