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Livre audio numérique
La station Bauregard
La station Bauregard
Edité par Mozaik / Audiocité
Denis NerincxLa station Bauregard,Le crachin, cette bruine qui pénétrait les os sans pour autant mouiller l'imperméable. C'était la triste météo de cette journée. Le ciel était bas, très bas. La bouche de métro n'était pas loin, son entrée s'esquissait au regard.Pas de chance ! Le premier escalator était à l'arrêt. Un panneau annonçait au vent discret : « Avis aux voyageurs. Pour garantir votre sécurité cet escalator est momentanément hors service pour entretien. »Les quelques marches descendues, des commerces égayaient la mezzanine de leurs couleurs, comme dans la plupart des stations. Une odeur de gaufre chaude y côtoyait habilement le fumet du quart de pizza réchauffée qui triturait les narines et soulevait l'estomac d'une pointe de désir ou de dégoût.Le second escalator fonctionnait. Il permettait à l'usager, passager, client, voyageur de se rendre sur le quai sans se fatiguer. Celui-ci était noir de monde. Oh ! Non, pas des gens de couleur mais une affluence habituelle à l'heure où les bureaux s'endormaient. Les gens s'entremêlaient et se démêlaient au fur et à mesure des passages des multiples rames sur ce tronçon commun.Deux mémères étaient tout excitées car le métropolitain avait du retard et elles risquaient de rater leur correspondance. Près d'elles, un groupe de blacks dansait au rythme assourdissant des sons diffusés par leurs MP3 qui, malgré les oreillettes, laissaient filtrer une musique avant-gardiste. Enfin, on n'entendait que les basses et les « tchic-boum, tchic-boum, tchic-boum » qui s'entrechoquaient en une symphonie immature.…« Communication de service. L'agent 80-13 est prié de contacter le dispatching au poste 60-12. »…Sur le quai, il fallait rejoindre l'endroit de la rame qui se présenterait exactement devant l'escalier de la station de destination, question de gagner du temps, deuxième voiture, troisième porte. Bon ! En avant, fendre la foule agglutinée le long de la voie, conquérir et défendre sa position. Ce n'était pas acquis ! Les places étaient chères à cette heure-ci. Une dame âgée ne prétendait pas bouger d'un iota, arguant qu'il y avait bien d'autres espaces sur le quai. Elle avait raison, mais se faufiler juste à l'endroit où la porte s'ouvrirait était un geste précis et calculé.…« Avis aux voyageurs. Des événements indépendants de notre bonne volonté perturbent le trafic de la ligne 3. Nous mettons tout en œuvre pour remédier à ces problèmes et vous prions de bien vouloir nous en excuser. »…C'était bien évidemment la ligne la plus fréquentée. La voix synthétique de l'hôtesse résonna encore dans tous les haut-parleurs et fit frémir d'impatience quelques passagers angoissés. Les usagers firent la moue. Ils savaient que leur délai d'attente serait compris dans une fourchette variant entre trois et vingt minutes selon qu'il s'agisse d'une panne légère ou d'un quidam qui se serait jeté sur les voies.Un grand vent annonça l'arrivée du métro de la ligne 3. C'était comme s'il repoussait une