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Livre audio numérique
Ils flottent
Ils flottent
Edité par Mozaik / Audiocité
Eleken TraskiNon, pas ça… Ils étaient là.Tous sans exception.Leurs corps flottaient, porté par les vagues de l'Atlantique, leur pieds et leurs doigts rongés par les poissons, leur visages picorés par les mouettes, leurs yeux crevés d'ou s'écoulait encore sur certain une viscosité grise et révulsante. Ces corps qui n'avait plus d'humain que leur silhouette. Mes amis.Tous mes amis marins étaient là, morts, noyés dans la nuit dans le chavirage de notre bateau. Autour de moi ne flottaient que des débris de bois et quelques petits objets me rappelant notre vie. Celle qui était encore la mienne hier soir en allant me coucher. Le soleil était déjà haut dans le ciel et brûlait ma peau déchirée et couverte de sel. Comment avais-je survécu ? Je ne me rappelais rien du naufrage, seulement d'avoir vu le pont du navire basculer vers la droite en s'enfonçant sous les eaux quand j'avais finalement pu m'extraire des couloirs… Comment m'étais-je retrouvé sur ce pan arraché de la coque, flottant à peine sur ces eaux putrides, tout juste assez grand pour soutenir mon buste mais pas mes pieds. Je restais ainsi encore de longues minutes sans oser bouger, guettant le moindre bruit. La présence des oiseaux m'indiquait que la côte ne devait pas être très loin. Mais de quel côté ? L'horizon se perdait dans le bleu de la mer et du ciel. Aucun son de ressac, pas de bruit d'autre bateau. Si ont exceptait le clapotis de l'eau contre ma barque de fortune et le piaillement des oiseaux joyeux de ce repas inopiné, il n'y avait pas un son. La mer elle-même était d'un calme horrible. Comme si elle attendait que je m'en aille pour reprendre vie.J'avais beau me triturer l'esprit, je ne voyais aucune solution. Je pouvais nager, pendant que j'en avais encore la force, mais de quel côté. Si je me trompais, je m'éloignerais, si j'attendais, il y a fort à parier que les courants m'emporteraient vers le large. Désespéré, je me laissais aller à pleurer cette eau que je n'avais plus qu'en quantité limité. Pour la première fois depuis des années, je me suis laissé aller au désespoir. J'étais perdu. J'étais seul. J'allais mourir et je le savais. Ma fin serait terrible, j'allais brûler ici sous le soleil et crever de soif pendant des jours, si un orage ne survenait pas et me noyait sous des trombes d'eau devenues péril. Et tous les corps de mes amis morts ne tarderaient pas à attirer des légions de requins en quête de sang frais. Je ne pouvais rien faire.Alors j'attendais, sans bouger, guettant l'horizon pour tenter d'y distinguer une terre ou un navire. Mais rien ne venait m'apporter le réconfort. Pire je devais régulièrement chasser les oiseaux qui venaient s'aventurer à picorer mes mollets nus. Et j'attendis, m'aspergeant régulièrement d'eau pour ne pas me dessécher. Mais le sel l'eau de mer le brûlait de plus en plus. Mes yeux fatigués me piquait et ma vue devint rapidement trouble. Si un bateau ne passait pas à moins d'un kilomètre, je ne le distinguerais même pas. Alors final