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La Maison Nucingen

Honoré de Balzac

Edité par Mozaik / Audiocité

La Maison NucingenPublication: 1838Source : Livres & EbooksHonoré de BalzacA MADAME ZULMA CARAUD.N’est-ce pas à vous, madame, dont la haute et probe intelligence est comme untrésor pour vos amis, à vous qui êtes à la fois pour moi tout un public et la plusindulgente des soeurs, que je dois dédier cette oeuvre ? daignez l’accepter commetémoignage d’une amitié dont je suis fier. Vous et quelques âmes, belles commela vôtre, comprendront ma pensée en lisant la Maison Nucingen acollée à CésarBirotteau. Dans ce contraste n’y a-t-il pas tout un enseignement social ?DE BALZAC.Vous savez combien sont minces les cloisons qui séparent les cabinets particuliersdans les plus élégants cabarets de Paris. Chez Véry, par exemple, le plus grandsalon est coupé en deux par une cloison qui s’ôte et se remet à volonté. La scènen’était pas là, mais dans un bon endroit qu’il ne me convient pas de nommer. Nousétions deux, je dirai donc, comme le Prud’homme de Henri Monnier : « Je ne voudraispas la compromettre. »Nous caressions les friandises d’un dîner exquis à plusieurstitres, dans un petit salon où nous parlions à voix basse, après avoir reconnule peu d’épaisseur de la cloison. Nous avions atteint au moment du rôti sans avoireu de voisins dans la pièce contiguë à la nôtre, où nous n’entendions que les pétillementsdu feu. Huit heures sonnèrent, il se fit un grand bruit de pieds, il y eutdes paroles échangées, les garçons apportèrent des bougies. Il nous fut démontréque le salon voisin était occupé. En reconnaissant les voix, je sus à quels personnagesnous avions affaire. C’était quatre des plus hardis cormorans éclos dansl’écume qui couronne les flots incessamment renouvelés de la génération présente; aimables garçons dont l’existence est problématique, à qui l’on ne connaitni rentes ni domaines, et qui vivent bien. Ces spirituels condottieri de l’Industriemoderne, devenue la plus cruelle des guerres, laissent les inquiétudes à leurscréanciers, gardent les plaisirs pour eux, et n’ont de souci que de leur costume.D’ailleurs braves à fumer, comme Jean Bart, leur cigare sur une tonne de poudre,peut-être pour ne pas faillir à leur rôle ; plus moqueurs que les petits journaux,moqueurs à se moquer d’eux-mêmes ; perspicaces et incrédules, fureteurs d’affaires,avides et prodigues, envieux d’autrui, mais contents d’eux-mêmes ; profondspolitiques par saillies, analysant tout, devinant tout, ils n’avaient pas encorepu se faire jour dans le monde où ils voudraient se produire. Un seul des quatreest parvenu, mais seulement au pied de l’échelle. Ce n’est rien que d’avoir de l’argent,et un parvenu ne sait tout ce qui lui manque alors qu’après six mois de flatteries.Peu parleur, froid, gourmé, sans esprit, ce parvenu nommé Andoche Finot,a eu le coeur de se mettre à plat ventre devant ceux qui pouvaient le servir, et lafinesse d’être insolent avec ceux dont il n’avait plus besoin. Semblable à l’un des1grotesques du ball

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