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Livre audio numérique
Théodule
Théodule
Edité par Mozaik / Audiocité
Georges Ista né à Liège le 12 novembre 1874 et mort à Paris le 6 janvier 1939 est un écrivain de langue wallonne et un militant wallon. Il fut également dessinateur, peintre et aquafortiste.ThéoduleThéodule entra en coup de vent dans le bureau de l’ingénieur Jean Leroy. Les bras dressés vers le plafond, la face hilare, il esquissa une danse sauvage et guerrière, hurla à trois ou quatre reprises : « Elle est bonne ! Elle est bien bonne ! » se précipita pour serrer les mains de son ami, et accrocha au passage un frêle guéridon, sommé d’un joli vase en porcelaine dont les fragments jonchèrent aussitôt le parquet.— Ça, mon vieux, c’est ta faute ! bougonna Théodule… Pourquoi ne le fourres-tu pas dans un coin, ton guéridon ? On n’ose remuer, chez toi !— Tu as mon carnet de notes ? demanda Jean.— Le voici, dit Théodule.Et fièrement, comme s’il accomplissait une action fort glorieuse, il posa sur le bureau un mince paquet enveloppé de papier gris.L’ingénieur poussa un grand soupir de soulagement.— Je pensais bien, dit-il, que toi seul pouvais avoir égaré ce cahier, du moment où il t’était passé par les mains… Toujours distrait, alors ?— Mais non, mon vieux, je ne suis pas distrait !… Ça m’agace, à la fin, de t’entendre crier ça sur tous les toits… On finira par croire que c’est vrai, si tu le répètes tout le temps ! Je ne suis pas plus distrait qu’un autre, entends-tu ! L’histoire de ton cahier, c’est tout naturel, ça pouvait arriver à tout le monde. Tu me fais voir tes notes pour l’affaire Mac Sylvan, je les parcours, puis on cause… Ça m’agaçait d’avoir ce carnet dans les mains ; je le fourre en poche, machinalement, puis tu me mets à la porte, sous prétexte de travail, et je repars pour Trouville, avec tes notes, bien entendu… C’est une fatalité, mon vieux, et tu me fais tort, tu exagères, en concluant que je suis distrait !Cela dit, Théodule, d’un doigt preste, secoua la cendre de son cigare dans une bonbonnière à moitié pleine de violettes confites.C’est pourtant parce que je te crois distrait, répliqua Jean, que je retrouve mon carnet et que je ne perds pas vingt mille francs en cette aventure. Après l’avoir consulté, tu l’avais posé sur mon bureau, ce cahier de notes. Je l’ai vu, j’en suis certain, et je croyais donc n’avoir plus à me défier de ton étourderie. Si tu l’as fourré en poche, c’est que tu l’as repris de nouveau, sans savoir ce que tu faisais, pendant que j’étais sorti pour donner des ordres. Or, tu ne l’ignores pas, et tu aurais pu y songer, ce carnet, fruit de six mois de travail, contient toutes mes notes sur l’affaire Mac Sylvan, et ce milliardaire devait venir ici, hier soir, pour conclure catégoriquement, par oui ou non, selon son habitude. J’ai eu, grâce à toi, la honte de chercher en vain ces notes indispensables, de m’excuser, de prier, de supplier, pour que cet homme, qui refile ce soir vers l’Amérique, consente à revenir aujourd’hui, malgré son parti pris de traiter toute affaire en une seule séance. Il a