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Musique
Goldberg variations
Edité par Challenge classics - paru en P 2021
L'instrument d'abord, le grand piano à cordes parallèles de Chris Maene, polyphonies claires, timbres précis, mécanique légère qui répète à loisirs, voilà le clavier parfait pour l'idéal poétique que poursuit Hannes Minnaar au sein de ces Variations Goldberg qu'il aura fait résonner dans plusieurs églises des Pays-Bas au long d'une tournée aussi singulière que son interprétation. Le jeune homme ne les envisage pas de l'extérieur, il n'entend pas faire sonner " ses " Goldberg comme un geste démonstratif, le voici en quelque sorte un anti Gould ; par la pureté de ses timbres, l'élégance des phrasés, la tendresse des ornements et le doux soleil dans lequel il dore les variations vives chercherait-il à retrouver le geste fluide de Wilhelm Kempff ? Comme Kempff, il reconduit le cycle vers l'intime, et joue de la diversité des timbres, des virtuosités de la polyphonie, comme s'il était à l'orgue. Pas un marteau dans ce piano, la pure beauté de son toucher rond et précis rappelle les univers sonores de pianistes d'un autre temps et plus d'une fois je pense en l'entendant à ce qu'aurait pu faire Marcelle Meyer des Variations Goldberg. Dans la foison des nouvelles propositions qu'aura connu ce cahier en passe d'être le plus enregistrés des opus de clavier de Bach, l'interprétation d'Hannes Minnaar rebat les cartes, émouvante, sensible, réalisée avec une finesse de jeu admirable que la prise de son exemplaire de Bert van der Wolf saisit avec art. Le pianiste avait commandé à Dann Manneke une pièce libre inspirée par les Goldberg, seize minutes de pure poésie : ce Gedanken zu Bach ne dépare pas le chef d'oeuvre de Bach dont Hannes Minnaar reprend l'Aria, jouée pianissimo, à la limite du silence, doucement lumineuse, refermant un concert qui vous deviendra indispensable.