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Livre
Climat, la part d'incertitude
Edité par l'Artilleur - paru en DL 2022
Spécialiste de l'énergie et du climat, l'auteur analyse la climatologie, une science complexe née dans les années 1960. Il explique ainsi que les connaissances scientifiques ne sont pas suffisantes pour effectuer des projections fiables sur l'évolution du climat au cours des prochaines décennies et sur les conséquences des actions humaines sur l'environnement. ©Electre 2022
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Un bel exemple de "marchand de doute"
Comme l'ont expliqué Oreskes et Conway dans "les marchands de doute", les entreprises qui sont menacées par des études scientifiques prouvant la nocivité de leurs produits (tabac, pesticides, énergies fossiles etc) entreprennent une contre-offensive très minutieusement planifiée, elles en ont les moyens. Généralement, elles créent des organismes au sein desquelles elles placent des scientifiques dont la mission est de trouver une parade aux études prouvant la nocivité des produits qu'elles vendent. Le plus souvent, elles arrivent à embaucher des scientifiques à la retraite ou en mal de notoriété, qui ne sont même pas des spécialistes avérés des sujets traités, mais dont le titre de professeur ou de docteur suffit à parer le travail d'une légitimité abusive. Les industriels et leurs équipes de scientifiques ne pouvant pas réfuter les résultats des études gênantes - comme par exemple celles montrant le caractère cancérigène du tabac, tentent alors de chercher des explications alternatives (par exemple, les facteurs génétiques ou la pollution des villes comme cause alternatives des cancers.) S'appuyant sur la méconnaissance des journalistes sur le fait que ce qui fait science n'est pas affaire d'opinion et n’a rien à voir avec le débat démocratique, ces mêmes industriels réussissent à faire pression pour publier leurs tribunes dans les journaux et à instiller le doute parmi la population, sous couvert de défense du pluralisme en démocratie. C'est exactement ce qui est en train de se produire avec ce livre de Steven E. Koonin. Nous avons ici quelqu'un dont la spécialité n'est pas la climatologie. Qui a travaillé comme par hasard chez BP. Puis s'est associé avec le président du think tank conservateur (le "CO2 Colation") réfutant le réchauffement climatique dans le but de publier un rapport à ce sujet (mais ce projet n'a pas abouti). Par ailleurs, Koonin s'est associé à Trump dans un projet de comité qui aurait eu également pour but de faire un "examen contradictoire" de la question du réchauffement climatique. Comité qui n'a finalement pas vu le jour. Bref, un bel exemple de marchand de doute. Or le consensus scientifique sur le réchauffement qui était large dès les années 70 est désormais quasi-total. Les seuls qui résistent encore sont le plus souvent des non-spécialistes (cf. Claude Allègre en France) et ont souvent - comme par hasard - un siège comme conseiller dans une entreprise pétrolière ou autre du même genre, et ils ne sont plus très nombreux. Mais Koonin, à l'instar de la dernière génération anti-écolo, est plus intelligent que cela, et donc ne niera pas le réchauffement climatique en tant que tel, il se contentera dans ce livre de relativiser la part de l'homme dans la responsabilité de ce réchauffement. Et pourtant, il existe ici un consensus également. Cela fait plus de quarante ans que les scientifiques alertent. Mais cela fait aussi plus de quarante ans que de puissantes entreprises résistent, aidées par de puissants relais notamment chez des conservateurs qui craignent que sous le vert, on trouve du rouge (traduction : sous tout écolo se cache un communiste). Car ces discours anti-écolo ont pour principales motivations deux choses : des milieux très conservateurs qui craignent donc que certains écolo aient pour projet le renversement du système capitaliste pour instaurer le communisme (eh oui, c'est une crainte qui date de longtemps, surtout aux États-Unis...), et l'autre crainte vient évidemment des milieux industriels ou économistes qui craignent que la décroissance ne signifie uniquement une récession, du chômage etc. Ce sont deux craintes qui sont d'ailleurs parfois alimentées par les écolos eux-mêmes, lorsqu'ils dénoncent par exemple le capitalisme là où il faudrait plutôt accuser le productivisme (car ce dernier n'est pas propre qu'au capitalisme, mais également au communisme). Bref, ne tombez pas dans le panneau. Bien sûr, il serait tellement réconfortant que les événements climatiques extrêmes auxquels nous assistons de plus en plus, ne soient qu'une phase temporaire dans l'histoire de la planète et surtout que nous n'en soyons pas responsable. Mais, le réchauffement existe bel et bien, il s'accroit (même s'il ne suit pas une courbe aussi régulière chaque année) et nous en sommes responsables, en dépit des efforts de certains pour en relativiser la réalité. Pour finir, le livre a été très mal reçu par les spécialistes du sujet, les climatologues. Rappelons qu'ils sont des dizaines de milliers à travers le monde, qu'ils sont eux indépendants des industries des énergies fossiles, et que leurs milliers d'études sont vérifiées, lues, relues, corrigées, et sourcées. Rien à voir avec un franc-tireur non-spécialiste du climat, et qui a des liens avec BP et le milieu conservateur américain (dont Trump, magnifique référence...).
Laurent BITANE - Le 10 mai 2023 à 11:36 -
Catherine DALLE - Le 08 février 2023 à 17:36