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Musique
Weber, Kurpinski, Crusell : concertos pour clarinette
Edité par Distrart Musique - paru en C 2020
Ces trois oeuvres composées entre 1811 et 1823 témoignent de l'engouement extraordinaire pour la clarinette au début du 19e siècle. Grâce à l'évolution de la facture instrumentale, les compositeurs mirent en valeur un instrument qui appartenait, jusqu'à cette époque, aux pupitres de l'orchestre. A la suite de Mozart, fasciné à la fin de sa vie par la clarinette, les trois compositeurs livrent des partitions qui repoussent les limites de l'instrument en termes d'expressivité et de virtuosité. La belle souplesse de l'Orchestre Symphonique de la Radio de Vienne accompagne l'étonnante prestation de Sharon Kam. Elle possède le sens du théâtre, de la mise en scène des couleurs, dominant les sauts d'octaves les plus périlleux. La très belle sonorité de sa clarinette s'adapte au tempérament lyrique et italien du mouvement lent du concerto de Weber. La variété des timbres, la finesse des attaques dans le finale sont étourdissantes. Figure emblématique et un peu négligée de la musique polonaise, Kurpinski composa une vingtaine d'opéras, fut ami de Chopin et travailla à Paris. La longue introduction de son concerto en un mouvement évoque, en effet, les atmosphères sonores de son compatriote. Plus encore que chez Weber, l'esprit du théâtre y est omniprésent. Sharon Kam enivre par la vélocité de son jeu, la richesse des couleurs qu'elle obtient d'une oeuvre remarquable pour la partie soliste, mais assez peu personnelle pour ce qui concerne l'écriture orchestrale. Le suédois Crusell vécut également à Paris. Son oeuvre de style plus germanique - assez proche de celle de Weber - réserve de superbes mélodies, notamment dans l'emprunt d'un air d'"Orphée et Eurydice" de Gluck. Une fois encore, Sharon Kam et l'orchestre dirigé par Gregor Bühl sont impeccables. (Jean Dandrésy).