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Journal d'un voleur

Brieux Eugène

Edité par Mozaik / Audiocité

Journal d'un voleurparEugène Brieux8 juilletENFIN ! j'ai volé !Je l'ai, le portefeuille, je l'ai !Je viens de faire le calcul des valeurs qu'il contient. Il y en a pour cent dix-sept mille trois cent vingt-huit francs, au cours de la Bourse d'hier. Il y a, de plus, neuf billets de mille francs et deux de cent francs.Je suis riche !Mais je n'en puis plus d'émotion. Ce soir, en feuilletant ces titres, j'ai eu, à plusieurs reprises, d'horribles angoisses. Une fois, alors que les feuilles roses ou bleues des actions et des obligations étaient étalées sur la petite table de ma mansarde, j'ai entendu frapper à ma porte. Les trois coups m'ont fait l'effet de trois coups de poing que j'aurais reçus au creux de l'estomac.Précipitamment, j'ai éteint ma bougie. Et je suis resté immobile sur ma chaise, retenant mon souffle, pendant que le sang me battait les secondes à la tête.Il me semblait entendre, de l'autre côté de la porte, la respiration de celui qui était là.Longtemps, longtemps après, je me suis levé, avec d'infinies précautions pour ne pas faire de bruit en reculant ma chaise.Malgré l'extrême lenteur de mes mouvements, j'ai fait tomber mon porte-plume.Le bruit m'a pétrifié.De nouveau, je suis resté sans un mouvement, plié en deux, n'osant même pas me redresser tout à fait.Enfin, j'allai coller mon oreille à la serrure. J'entendis le sifflement du gaz qui brûlait dans l'escalier ; j'entendis des conversations dans les chambres voisines et le locataire du dessous qui rentra.Je tirai doucement, doucement le bouton de la serrure ; doucement, doucement, j'entr'ouvris ma porte, si peu, si peu.Personne n'était là.Je rallumai ma bougie et me remis à mon travail plusieurs fois interrompu par d'analogues frayeurs.Pourtant, mes précautions ont été bien prises et je n'ai rien à craindre.……………………………………………………………………………………………………………………….Il y a un mois, j'étais chez mon oncle, aux environs de Paris.Depuis deux ans, je suis sans travail et je vais de temps en temps copier des pièces de théâtre à trois francs l'acte, lorsqu'il y a besoin d'un aide.Mon oncle m'a donné cent sous, m'a gardé à dîner et m'a fait coucher chez lui.Dans la chambre où j'étais, j'allais m'endormir, lorsque je vis à une fenêtre de la maison voisine une lumière briller. Un homme comptait des billets de banque, des actions, des obligations, ceux et celles que j'ai là. Sa besogne terminée, je le vis fourrer le tout dans un portefeuille et il disparut avec sa lampe en l'emportant.Une minute après, brusquement, au-dessous, la porte de l'écurie s'encadra d'un fin rectangle lumineux. Cinq minutes plus tard, tout devint sombre.Sans savoir pourquoi j'agissais ainsi, le lendemain, je m'arrangeai pour passer encore la journée et la nuit chez mon oncle.Dès qu'il fut couché, la nuit étant venue, j'enjambai la haie qui sépare son jardin de celui du voisin, et, blotti près de la porte de l'écurie, j'attendis longtemps.La scène de la veille recommença, je

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