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Livre audio numérique
Le Bocal Vert
Le Bocal Vert
Edité par Mozaik / Audiocité
Le Bocal VertAprès le dîner et les flambeaux, comme nous allumions les cigares, plongés en des fauteuils confortables, quelqu'un prononça le mot d'occultisme, et ce fut la conversation.La salle était éclairée discrètement. Un vent tiède, des arbres voisins, faisait remuer une fenêtre, et vaciller la flamme jaune des bougies.Quand on eut fumé le premier cigare, un jeune homme accoudé sur des coussins, donna la définition exacte du corps astral ; un autre raconta qu'il avait vu, dans une séance d'occultisme, apparaître l'ombre d'Eliphas Levi, puis une conversation générale s'engagea sur la perpétuité de la conscience humaine après la mort.Un frisson léger courut dans la salle, et l'on vit s'élargir des yeux.Quelqu'un dit : J'ai fait un rêve et je vais vous le raconter.Le deuxième cigare s'éteignit, comme il convient dans une nouvelle bien construite. On le ralluma et chacun se pencha pour écouter :— Je me suis occupé vingt ans d'études patientes sur l'âme et le corps humain. J'ai observé les dernières convulsions des suppliciés par les matins froids et les cieux couverts. J'ai vu mourir des malades et j'ai noté toutes les lignes essentielles que le spasme de la mort écrit sur les visages. J'ai passé des nuits à examiner le mystère déconcertant de la vie humaine, tenant sous la loupe, de mes mains et de mes yeux fatigués, des cerveaux diminués par l'alcool, et suivant, comme un voyageur, les circonvolutions et les sillons effrayants où cheminent les démons lumineux ou tristes qui sont nos pensées. Et je ne sais si la conscience, cette âme de l'âme, quitte le corps ou meurt avec lui, ni ce qu'il advient de nous quand se séparent les lambeaux de chair qui protégeaient contre les yeux livides du néant la nudité de notre âme épouvantée. Ce que j'ignore nul ne le sait. Si des secrets lamentables sont cachés sous ce voile indéchirable, qui le dira ? Nos idées de gloire et notre vain désir d'exister sont peu de chose, comparés à la logique implacable qui doit régir l'univers. Et peut-être que la formule sublime des mystères et des religions, le verbe de la vie future et de l'infini, pour lequel se sont mis à genoux tous les poètes, tous les croyants, peut-être que ce mot du tabernacle, dans une logique supérieure à toutes nos illusions, n'est qu'un éclat de rire obscène et grotesque de l'absolu.Couché dans mon lit tranquillement, aussi tranquillement que les jours où je ne devais pas rêver, je me trouvai tout à coup transporté dans ce qui me parut être la salle d'entrée d'une pharmacie. Je voyais dans l'arrière-magasin, par la porte de communication, le pharmacien et sa femme, assis, en train de dîner. Je raconte ces choses exactement comme elles me sont apparues, avec l'incohérence du rêve, pour une absolue véracité. À table se trouvait encore le propre fils du pharmacien, puis quelques amis ou parents, parmi lesquels un serpent à sonnettes apprivoisé. La présence de cet animal ne paraissait étonner personne, excepté le maître d'école, qui