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La carabassaïre

Rodolphe Bringer

Edité par Mozaik / Audiocité

Musique :Mattias Westlund - Winters Call:licence CC-BY : https://www.auboutdufil.com/index.php?id=488Illustration: https://pixabay.com/ Domaine publicRodolphe BRINGER romancier et journaliste français (1871 – 1943)LA CARABASSAÏRENouvelle parue dans le journal Floréal le 28 août 1920Elle était si jolie avec son teint d’ambre blond, ses yeux couleur d’aigue marine, sa bouche savoureuse et fraîche comme un beau fruit, et cette sombre chevelure qui paraissait trop lourde pour sa petite tête, que, dès qu’il la vit, le poète Jean des Sèbes en tomba follement amoureux.Ce n’était qu’une carabassaïre, une de ces habitantes de roulotte qui courent les votes et que l’on entrevoit à chaque fête de village devant un tir à la carabine ou derrière un de ces vire-vire où l’on gagne des verres grossiers pleins de pralines.Mais celle-là appartenait à l’aristocratie du voyage. Son père était un gros bonnet parmi les forains et ne possédait pas moins de trois loges : lui, tenait le tir, un superbe tir électrique plein de figures découpées, où l’on voit un zouave qui joue du tambour quand on fait mouche ou bien la prise de Tuyen-Quan ; à côté, la mère veillait sur un jeu de massacre ; et elle, ne s’occupait que de carabasse tournant la roue de la fortune dont le numéro gagnant a droit à un splendide objet de porcelaine ou de cristal bien tintant.⁂Certainement, elle n’avait pas plus de dix-huit ans ; grande, élancée, la poitrine saillante, les reins cambrés et des extrémités fines et délicates, des mains et des pieds d’enfant, en véritable fille d’Arles qu’elle était, descendante de ces Sarrasins maudits qui, s’ils ont tant fait de ravages en Provence, ont du moins légué l’élégance et la noblesse de leur forme à nos jolies filles du Midi.Et c’est surtout cela qui emballa Jean des Sèbes, ces trois signes distinctifs de la pureté de la race d’Arles : le cheveu, la main et le pied.Ce n’était pas un type ordinaire que Jean des Sèbes ; d’abord, il était poète comme d’autres sont vétérinaires ou agents voyers, non point par hasard, comme il advient aux poètes ordinaires, mais par destination et de par la volonté expresse de son père qui l’avait élevé à cette seule fin.Si jamais vous allez à Cairane, qui est un village du Comtat regardant tranquillement couler l’Aygues du haut d’une colline abrupte, avant de traverser la rivière, vous verrez au milieu des vignes un petit mamelon tout couvert de pins, au milieu duquel s’élève une maisonnette du plus pur Louis XV.Au temps passé, quelque galant châtelain des environs dut faire élever là ce pavillon, où avec des amis il devait venir se divertir. Les révolutions passèrent, les châteaux tombèrent, mais le pavillon demeura pimpant et joli et devint la propriété de Christophe des Sèbes, le père, qui fut, de son vivant, un grand vigneron devant l’Éternel.Mais Christophe des Sèbes n’était pas seulement vigneron : cela eût-il suffi à l’occuper, à une époque où la vigne poussait comme le lierre ou le chiend

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