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Musique
Winterreise
Edité par Orfeo - paru en 2019
Après les abîmes auxquelles Hotter nous conduit avec Rauchensein en 1943, après la brûlure infligée par Fassbaender, c'est avec circonspection qu'on pose sur la platine un nouveau CD consacré au Voyage d'Hiver, a fortiori par un ténor, lyrique qui plus est. À quarante ans, Pavol Breslik a construit un respectable répertoire d'opéra, Tamino, Nadir et Nemorino en tête. Pour être un Liedersänger accompli, lui manque la mezza voce. La maîtrise de la nuance piano, réelle, ne suffit pas. Mais le ténor slovaque y supplée en jouant sur les qualités intrinsèques de sa voix, le vibrato d'abord "Gute Nacht" tout en douleur contenue, pudique, sans nostalgie donne le ton pour l'ensemble du cycle, les aigus dardés, les moments les plus lyriques (Der Lindenbaum, Frühlingstraum) phrasés à l'archet. La seule phrase "bin matt zum Niedersinken" (Das Wirstshaus) résume cela et suffit à démontrer l'intelligence artistique du chanteur. Le dénuement, le dosage subtil du timbre dans "Der Wegweiser" et "Der Leiermann" font basculer la fin du cycle dans le surnaturel. Le pianiste Amir Katz a une part décisive à cette réussite, en répondant avec une précision inouïe aux intentions du chanteur (Ihr Bild), et par sa capacité à varier les atmosphères (l'angoisse de "Die Krähe" pour prendre un seul exemple). Une version très personnelle mais cohérente et accomplie, à laquelle on reviendra. (Olivier Gutierrez).