Musique


Masters of the spanish renaissance = Les Maîtres de la renaissance espagnole


Jose-Duce Chenoll. Chef d’orchestre

Amystis, Juan Navarro, interprète ; Ministriles de la Reyna, orchestre ; Jose-Duce Chenoll, direction d'orchestre

Edité par Distrart Musique - paru en C 2022


Deux maîtres et un condisciple de Tomas Luis de Victoria (1548-1611), le plus célèbre polyphoniste du "siècle d'or" espagnol : l'affiche de cet album est prometteuse et passionnante. C'est autour de la cathédrale d'Avila (Castille-Leon) et de ses maîtres de chapelle que se bâtit cette lignée de polyphonie religieuse. Cette dernière est fondée sur une rhétorique simple et efficace. La mélodie traduit le sens du texte, son message spirituel. La complexité ne doit pas prendre le pas sur un nécessaire dépouillement. Face à la complexité des musiciens flamands, les espagnols s'en tiendront à des textures homorythmiques, à la déclamation syllabique plutôt qu'à l'enchevêtrement mélodique. Ce qui donne à leur musique une dimension statique et contemplative, animée pourtant par la répétition et la variation d'éléments premiers mélodiques ou de blocs rythmiques. D'où une limpidité, une nudité parfois, à la source de l'expressivité. Les musiciens espagnols devancent puis mettent en pratique les recommandations en matière de musique religieuse du Concile de Trente. Commençons par les deux maîtres, peu interprétés au disque. Bernardino de Ribera (1520-1580), dont trois motets sont exécutés dans cet album. Juan Navarro (1530-1580) dont sept motets inédits sont également présentés. Ils ont l'un et l'autre enseigné à Avila dans les années 1550-1560. Parmi leurs élèves, outre Victoria, le moins connu Sebastian de Vivanco (1551-1622), pourtant, aux côtés de Victoria, un des plus grands polyphonistes de la fin du XVIème siècle. Dans son "Magnificat 1ʿtono", on remarque la complexité de ses canons, l'emploi audacieux des intervalles augmentés ou diminués, les modulations, le mixage des voix, les sauts d'octave, pour traduire le climat du texte sacré. Son motet "Sanctorum meritis" est écrit dans un style plus simple, faisant alterner imitation et homophonie. Cet album se conclut par un "Salve Regina à huit" de Victoria. Son style est un alliage de mélodies simples, collant au texte, progressant avec une détermination où se glissent des modifications de rythme ou des saillies harmoniques déterminées par le sens des versets mis en musique. Des effets imprévus en rehaussent le style modéré et classique. José Duce Chenoll, directeur musical, l'ensemble vocal Amystis, l'ensemble instrumental Ministriles de la Reyna ont magnifiquement fait résonner ces musiques dans une église, ce qui en fait parfaitement ressentir le contenu spirituel. (Marc Galand).



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