Rencontre avec Laura Dreyfus 5 disques essentiels dans l'histoire de Dreyfus Jazz
Christophe et Francis Dreyfus ( Crédit Photo : Philippe Quidor )
À travers cinq disques phares, Laura Dreyfus revient sur l’histoire de Dreyfus Jazz, le label créé par son père Francis Dreyfus. Elle évoque Michel Petrucciani, Ahmad Jamal, Marcus Miller, Christophe et les rencontres qui ont marqué cette aventure familiale, entre production, édition musicale et découverte de nouveaux talents.
« Tout part d’un rêve, d’une idée intangible que l’on va concrétiser à travers la formation d’un disque tangible », Laura Dreyfus.
Michel Petrucciani, Solo Live (Dreyfus Jazz, 1998)
Michel Petrucciani occupe une place particulière dans l’histoire de Dreyfus Jazz. Francis Dreyfus souhaitait faire connaître plus largement des musiciens déjà reconnus : « Ce qui l’intéressait c’était d’amener des gens comme Eddy Louiss, Bireli Lagrène, Michel Petrucciani qui étaient déjà connus, à l’international et à une notoriété beaucoup plus populaire. »
Pour Michel Petrucciani, Hélène Dreyfus a choisi de mettre particulièrement en avant son jeu en solo avec Solo Live, enregistré à l’Alte Oper de Francfort. Laura se souvient que sa mère « voulait absolument insister sur la mise en avant de Michel Petrucciani solo », alors que le pianiste était habitué à jouer en trio ou en quartette « avec des gens incontournables ».
Cette volonté de mettre en avant les artistes s’inscrivait aussi dans la recherche de nouveaux talents comme Franck Avitabile, « l’élève de Michel Petrucciani », qui a ensuite fait sa propre carrière.
«Entre les jeunes et les anciens déjà établis, papa ne voyait pas de différences de talents. Tu étais un grand pour lui, même à partir de ton premier album. »
Marcus Miller, Power (Dreyfus Jazz, 2006)
Marcus Miller entre dans l’histoire de Dreyfus Jazz dans les années 1980, alors qu’il travaille sur Zoolook de Jean-Michel Jarre. « Marcus Miller a commencé à travailler avec mon père dès les années 80 car il avait enregistré de la basse dans l’album Zoolook de Jean-Michel Jarre. Il était connu du milieu », raconte Laura Dreyfus. Cette rencontre a rapidement permis à son père d’avoir « des contacts américains ».
Une rencontre qui alimente égalements les souvenirs d’enfance de Laura : « Mon père a toujours écouté du jazz à la maison avant même qu’il en produise, et je me souviens du mythe qu'était Miles Davis, du festival de jazz de Montreux et je savais que c’était grandiose et magique.,. et Marcus Miller que je connaissais, avait travaillé avec Miles Davis !»
Christophe, best of (Disques Dreyfus, 2006)
« Les premiers souvenirs remontent aux disques de Christophe, c’était la bande originale de notre vie, il y avait toujours une musique de Christophe à la maison ! » Laura raconte notamment l’histoire des Mots bleus : « L’artiste Christophe avait décidé de mettre Les mots bleus à la poubelle. C’est ma mère, Hélène Dreyfus, qui l'a qui l’a sorti des poubelles, qui l’a écouté et qui a dit : “Là, on tient quelque chose, là c’est un tube”. » Hélène Dreyfus a alors imposé Les mots bleus à Christophe et à Francis Dreyfus : « Sans elle, le public ne l’aurait pas reconnu. »
Laura se souvient : «j’ai toujours vu mes parents parler des heures et des heures avec des artistes, notamment avec Jean-Michel Jarre (parolier de Les mots bleus), mon père comme ma mère travaillaient autant au bureau qu’à la maison, avec leurs artistes ».
Des années plus tard, Laura a elle-même travaillé sur Paradis Retrouvé : « Il y a un album que j’avais produit exécutivement pour Christophe, dont j’avais fait la direction artistique, qui s’appelle Paradis Retrouvé, je l’avais travaillé pendant des années au sein des disques Dreyfus, et qui a vu le jour chez BMG. »
The Mingus Big Band, Blues and politics (Dreyfus Jazz, 1999) et Ahmad Jamal, It's magic (Dreyfus Jazz, 2008)
Interrogée sur les relations de son père avec les États-Unis, Laura Dreyfus raconte que sa réputation d’éditeur avait progressivement dépassé les frontières françaises. Grâce notamment à son catalogue anglais, qui représentait des artistes comme Genesis, Pink Floyd, Cat Stevens ou Harry Nilsson, Francis Dreyfus était devenu une référence pour les territoires français. « Au MIDEM (Marché International du Disque et de l’Edition Musicale), il était de notoriété publique que le meilleur éditeur était Francis Dreyfus », explique-t-elle.
Dès lors, les contacts avec les artistes américains se sont développés naturellement : « Les artistes américains sont venus d’eux-mêmes chez mon père. » Elle cite notamment Priscilla Presley, qui lui a confié la représentation du catalogue d’Elvis Presley pour les territoires français.
Cette ouverture vers les États-Unis s'accompagne également du lancement d'une filiale discographique américaine consacrée au jazz : « L’Amérique, c’est aussi Dreyfus Records, avec des signatures telles que The Mingus Big Band et Ahmad Jamal.
Entretien réalisé par Laure Girard-Leduc, bibliothèque Buffon, été 2026